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dimanche 13 mai 2018

Des cantines éphémères






Alors qu'en Europe, nous filons vers l'été, les villageois togolais abordent une saison difficile : la saison de la soudure.
 Il s'agit de cette période charnière entre deux récoltes, quand les paysans ont consommé leur réserve  et que la prochaine récolte n'est pas encore faite. Le grain devient rare et les prix montent. Les familles n'ont pas toujours de quoi acheter à manger. Si la récolte a été mauvaise la saison précédente, cette période de soudure commence encore plus tôt et pour certains, la famine s'installe.

coup de pousse a donc organisé sur ces périodes des cantines « éphémères » qui ne tourneront qu'à ce moment-là.














 Et ces cantines marchent en ce moment à plein régime ! coup de pousse fournit l'essentiel : maïs, riz, petits poissons... et chaque parent (ou presque) paie une cotisation minime. Celle-ci couvre de quoi faire les sauces : tomates, pâte d'arachide (pas tout à fait le peanuts butter que nous connaissons), oignons...







Didier et Augustin (Rotary Club ) discutent avec une des mamans


Des mamans se sont organisées entre elles pour préparer les repas, avec des menus définis à l'avance comme dans nos cantines. Les femmes assurent deux fois par semaine le déjeuner  et se relaient toutes les quatre semaines. Elles travaillent en « brigade », un système qui marche assez bien et qui est mis en place par les mamans elles-mêmes.

C'est un gros travail car il y 495 élèves à nourrir : 300 pour Djapak et 195 pour Lokpergou. Les femmes y sont dès le matin. Il faut  aller chercher le bois, allumer les marmites, préparer des énormes quantité  ne nourritures... Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-contre, c'est mélangé à la force des bras. L'impétrante qui écrit ces lignes l'a fait et peut vous assurer qu'il faut des fameux biscotos et que c'est épuisant.
Est-il utile de préciser que les femmes qui cuisinent le font bénévolement et après avoir fait leurs corvées journalières : eau...
Ces femmes africaines sont vraiment de sacrées nanas !





Voici cher lecteur et donateur, à vous qui nous faites confiance, une application très concrète de nos actions dans ces villages. Vous pouvez être fiers de vous et nous vous disons un grand merci !

À suivre...





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dimanche 11 juin 2017

Lokpergou, une fête bien méritée


Inauguration de l'école primaire de Lokpergou : l'inspecteur du primaire, le chef de canton, le chef du village... (le préfet est déjà reparti). La pose est prise sous le drapeau togolais, symbole de du caractère officiel de l’établissement



La fête comme si vous y étiez !

 

L'école primaire de Lokpergou ainsi que la maternelle (dont la construction avait été retardée à cause de l'état de la route d'accès) ont été construites cet hiver et au printemps. Mille mercis à tous les donateurs de Belle-Île en trail, course support qui a permis de collecter les fonds nécessaires à la construction de cette école primaire. De même merci à Enfants du Monde UK qui a financé une partie de son équipement.


Le panneau fixé sur un pignon du bâtiment. Il précise qui a été le bailleur de fonds, précaution contre toute «récupération» politique de l'opération.

C'est la fête à Lokpergou ! Pas une petite fête, non, une grosse fête avec tout ce qui va avec : les discours, les officiels, la musique, les cadeaux, les danses, le tchapalo*...  Tous nos bâtiments scolaires sont construits avec l'accord de l'éducation nationale et selon ses directives. Les bâtiments n’appartiennent plus alors au village en principe, mais à l'état. Aujourd'hui, nous les leur remettons officiellement. En pratique c'est bien évidemment le village qui entretient les locaux. Le Rotary Club de Dapaong a donc invité le ban et l’arrière-ban de tout ce qui compte dans la Région des Savanes : préfet (qui nous soutient beaucoup), inspecteur du primaire (idem), chef lieu de canton et bien sur le chef de village, le CVD (chef du comité villageois de développement). 
La fête a été soigneusement préparée avec un programme précis des interventions, des intermèdes et même une sono ! Fort opportunément celle-ci tombera en panne : le micro cacochyme et braillard sera remplacé par un mégaphone, ouf ! La télévision togolaise  a été informée et est présente, une bonne opération de communication pour nous. Nous sommes reçus comme des rois.


Le charlatan se prépare au rite sous l’œil attentif de la population et du préfet (à droite en costume)

Le charlatan (le sorcier) verse tout d'abord de l'eau devant l'école pour les ancêtres en récitant des paroles inintelligibles pour nous. Acteurs involontaires et victimes sacrifiées pour la bonne cause, le poulet et la colombe attendent à côté. Ils n'ont aucune chance de s'en sortir. La scène est assez gore pour nous autres petits européens au cœur sensible. Le poulet sans tête court longtemps. Tout le monde est content : c'est un bon signe pour l'école. Nous ne savons pas qui le récupère mais il est sûr qu'il ne sera pas perdu pour tout le monde. Quant à la tourterelle ou colombe, symbole universel  de paix, elle est sacrifiée de la même façon.


Danses traditionnelles

Autour de la taille, des ceintures de coquillages qui servaient de monnaie d'échange aux anciens. Au pied, les tennis collectées par les groupes de running parisiens. Afrique, terre de contraste !

 

Les discours

 

Puis les discours s'enchaînent. Le préfet insiste sur le fait qu'il faut utiliser l'école. Il félicite le village de Lokpergou d'avoir bien géré l’opération maïs et remboursé presque (98%) tout le maïs qu'il devait. Personne n’est obligé de suivre coup de pousse, dit-il, mais ceux qui le font doivent tenir leurs engagements sinon c'est du vol. Il cite nommément le village de Nagou qui encore une fois cette année a été un très mauvais payeur.


Patrick parle brièvement

L'inspecteur de l'éducation nationale met davantage l'accent sur le fait que les enfants sont maintenant dans un environnement sûr, à l'abri des scorpions et des serpents. Il suffit de regarder l’ancienne école (une ruine) pour être convaincu. Il n'y a plus d'excuse aux parents pour ne pas envoyer leurs enfants  à l'école. Il rappelle à l’assistance que l'école est obligatoire jusqu'à 14 ans et que donc, désormais on ne devra plus voir un enfant de moins de 14 ans aux champs ou à la maison pendant le temps scolaire. Dans la voiture du retour, l’inspecteur avec qui nous avons développé une relation de confiance, avouera son incrédulité devant le travail accompli et son émerveillement devant les résultats.
Patrick, quant à lui, sera bref et insistera sur le fait que tous les villageois se sont unis pour obtenir ce beau résultat et faire la route. Tous ensemble, tout est possible !


Les traditions sont respectées, on coupe le ruban en bonne et due forme !


Nous essayons avec le préfet les tables-blanc

L'école est livrée « clef en mains » équipée et meublée. Didier, notre chef de projet, a choisi des tables-bancs à structure en métal afin de pouvoir réparer et ressouder les montants s'ils sont endommagés. Comme à l’accoutumé ce sont des artisans de Dapaong, notre ville base, qui ont fabriqué ces meubles. Cela donne du travail ainsi à quelques artisans localement.


Pose avec la jolie assistance maternelle. Le pagne et le foulard ont été offerts par le village. Patrick a reçu une tunique traditionnelle (pas de photo, votre servante a oublié).

Les cadeaux 

Il faut savoir aussi bien recevoir que donner mais nous sommes toujours embarrassés lorsqu'on nous offre des cadeaux qui représentent des sommes importantes pour les villageois. Que faire après de ces jolis pagnes et tuniques que nous ne remettrons jamais ? Que faire avec le bouc qu'on nous a apporté ?
Un repas nous est servi dans la maternelle, pâte (maïs) avec sauce au herbes. Nous faisons semblant de manger, impossible en effet de vraiment partager un repas avec les villageois. Nos organismes délicats de « yovos » ne supporteraient pas. Mais nous sommes confiants : rien ne sera perdu.

Et la TV filme tout... en espérant qu'il restera quelque chose au montage !


La jolie maternelle de Lokpergou accueille 43 enfants. Tout autour, le reboisement en cours. Le pierres protègent les jeunes arbres de la voracité du bétail. Dans le fond, le versant de la colline a été sarclé et planté par les élèves.


Les plants sont protégés deux ans jusqu'à ce qu'ils soient assez grands. Il faut les planter à un moment précis de la saison sous peine de voir tous ses efforts ruinés pas la sécheresse.
Voilà, la journée était épuisante, autant par la chaleur que par la sono qui a marché à fond pendant les discussions avec les acteurs du village, mais ce fut une belle journée pleine de promesses. Le village de Lokpergou, avec à sa tête, un chef dynamique et volontaire, a de l'avenir. Nous, nous y croyons !


tchapalo* : boisson fermentée a base de sorgo (variété de mil). Bière locale, elle est de toutes les fêtes.



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samedi 12 mars 2016

Le taxi solidaire...






coup de pousse essaime dans plusieurs pays et les pousseurs voyagent. Le pousseur de notre histoire, qui est un vrai globe-trotter, est aujourd'hui à Chicago.

 

 Notre homme aime les gens et aime partager (difficile aussi d'être pousseur si on n'aime pas un tant soit peu ses congénères). Ainsi lorsqu'il monte dans un taxi, comme aujourd'hui, il s'intéresse à son chauffeur, veut savoir d'où il vient, depuis quand il habite dans la ville, depuis quand il fait ce métier... Il arrive toujours à tisser un lien avec ces personnes si différentes. C'est souvent grâce au sport car il a un répertoire encyclopédique et planétaire des équipes sportives. Bref, il aime parler.

Mais revenons à Chicago. Aujourd'hui, il découvre que son chauffeur de taxi est... Togolais ! Et pour une fois il n'est pas du Sud, plus peuplé, ou de Lomé, la capitale, mais du Nord. Sa famille vient de la Région des Savanes. Et il connait Dapaong, notre ville base (50 000 ha) ! S'il ne connait pas Nagou et les autres villages (là vous ne m'auriez jamais cru !) il voit très bien de quoi notre pousseur lui parle lorsqu'il lui décrit les falaises et le plateau rocheux. 
Voilà donc qu'au beau milieu des embouteillages de Chicago, notre pousseur commence à parler, en français, de coup de pousse et expliquer au chauffeur nos projets, nos espoirs et nos premières réussites. Il connait bien le sujet car il le suit de près, alors il peut en parler en détails.
Le chauffeur doit bientôt retourner au pays. Il est très touché par ce que nous essayons de faire. Et moi je suis toujours fascinée de voir la très grande solidarité et la fidélité à leur pays des Togolais exilés que nous avons pu rencontrer.





Notre pousseur n'a jamais pu payer sa course, ce chauffeur togolais de la Région de Savanes lui en a fait cadeau : « Gardez-le, vous le donnerez à coup de pousse. » Notre pousseur nous doit donc 10,5 $ qu'il ne manquera pas de nous donner. 
J'ai trouvé cette rencontre amusante et touchante et j'ai voulu vous la raconter. Et vous, qu’en pensez-vous ?




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dimanche 6 mars 2016

Le développement durable sur le plateau (suite)



Mai : les cultures commencent à pousser

Une terre qui devient aride

Nous avons vu dans le billet du 13 février que l’équilibre fragile de l’écosystème de la Savane était menacé.  Plusieurs raisons à cela : l'exploitation forestière extensive causée par la pression démographique (besoins en bois pour faire la cuisine) mais aussi l'agriculture sur brulis (on brûle après récolte ce faisant on détruit tout le complexe argilo-humique*), les animaux qui divaguent en liberté partout (surpâturage)... 
Le problème est crucial. En effet, pas besoin d'avoir fait AgroParisTech pour comprendre que nous sommes ici dans une région d'agriculture de survie où les paysans doivent  produire s'ils veulent manger à leur faim et nourrir leur famille.


Les animaux divaguent en liberté et broutent ce qu'ils peuvent pour survivre

Le problème de l'utilisation abusive et exclusive des engrais est encore venu compliquer la donne (ne pas oublier que l'Afrique est un gros marché pour les producteurs d'engrais). Il y a quelque fois beaucoup d'impuretés dans ces engrais qui tuent le sol. Ajoutés à cela les traitements avec les pesticides (le coton est traité deux fois par an avec un produit interdit depuis 15 ans) et vous avez une idée du tableau : la terre n'en peut plus et devient de plus en plus stérile.

De sa concession (maison), cette villageoise peut voir les cultures pousser. Dans quelques mois, on ne reconnaîtra plus le paysage.


La bonne nouvelle est que ce processus est réversible. Il faut deux à trois ans pour « réparer » un sol et le faire revivre. Le gouvernement togolais a fait des foires pour sensibiliser les populations à la culture bio. Il y a des méthodes qui sont déjà mises en pratique. Sans entrer dans les détails, le paysan doit maintenant apprendre à combiner modernisme et savoir traditionnel. .

Cette sensibilisation est le travail actuel de Salifou, notre expert agro et membre du RCD **, et de Michael, le peace corp. Le rôle de la plantation communautaire que nous avons financée et dont nous vous parlions dans l'avant-dernier billet, est essentiel. Le paysan est comme St Thomas, il a besoin de voir pour croire ! Lorsqu'il verra que le système de compost fonctionne et lui évite l'achat d'engrais, il reproduira le schéma chez lui.

Cette éducation environnementale est essentielle afin que les populations comprennent  ce qui arrive. C'est un sacré challenge mais faire revivre les terres permet de lutter contre l'exode rural et est une solution à long terme pour assurer des revenus plus stables aux populations. On peut même se projeter encore plus loin dans l'avenir : pourquoi pas, à terme, obtenir une certification de « maïs du plateau » de même que cela existe déjà pour la pintade de la Savane, gage de qualité. Quelle consécration alors !

Concluons donc ce billet sur cette note d'espoir et si vous voulez, vous pouvez mettre virtuellement les mains dans le compost en regardant les photos ci-après.






Salifou explique comment faire le compost















On ensemence avec des champignons

     
     
     

Les paysans mettent la main à la pâte













 

Et hop ! Après quelque temps, on a un beau tas de compost 😊


* structure formée d'argile et d'humus qui retient les éléments essentiels à la plante
** Rotary Club de Dapaong




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dimanche 17 janvier 2016

Ma rencontre avec les dames de la cantine...

 Avant-propos

Patrick et moi ainsi que tous ceux qui nous ont accompagné dans nos voyages au Togo avons été particulièrement touchés lorsque nous avons appris les derniers attentats à Ouagadougou. Nous atterrissons en effet au Burkina avant de nous rendre en voiture dans la Région des Savanes. Nous avons déjà dormi à l'hôtel Splendid et le café Cappuccino est l'un de nos rendez-vous favoris avant de rentrer en France. Cette horreur a rattrapé le Burkina-Faso alors qu'il avait géré de façon exemplaire les troubles de fin d'année et les élections présidentielles, montrant ainsi que le pays était en bonne voie pour devenir une vraie démocratie.
Cette violence peut frapper partout et à tout moment et nos voyages n'en deviennent pas pour autant plus dangereux. Nous continuerons donc comme par le passé notre action. 


La cantine de Nagou


Le chaudron et sa gigantesque spatule en bois sur le foyer trois pierres traditionnel de l’Afrique de l'Ouest

Dans un billet du 17 décembre 2014, nous vous parlions de la création de la cantine de Nagou. Pour mémoire, les bâtiments ont été construits au printemps 2014 et la cantine était opérationnelle à la rentrée de septembre. L'année scolaire 2015-2016 est donc sa deuxième année de fonctionnement. Et ... c'est un succès : à la rentrée dernière, les trois autres villages nous en ont demandé une pour leur école.

Une des mamans prend de l'eau chaude pour préparer la sauce. Le foyer utilisé cette fois-ci est une sorte de foyer amélioré qui a une rentabilité supérieure au traditionnel foyer trois pierres

Pourquoi une cantine ?

Le réponse parait évidente mais la création d'une cantine est vertueuse à plusieurs titres :
  • elle lutte contre la malnutrition,
  • elle permet de donner des rudiments d'hygiène aux enfants,
  • elle aide à lutter contre l'absentéisme scolaire : certaines que leur enfant bénéficiera d'un repas, les mamans l'envoient à l'école et celui-ci y reste donc l'après-midi,
  • elle donne un statut aux femmes du village qui forment les brigades de travail,
  • elle introduit la notion de collectivité et mobilise le village autour d'un principe.

Préparation de la « pâte » avec les femmes, un moment de partage malgré la barrière de la langue. La pâte est une bouillie très épaisse. Le problème est que la quantité à cuire est énorme !

Lors de notre dernier voyage, il y une dizaine de jours, j'ai participé à la préparation du repas avec les femmes. Je voulais partager leur quotidien afin mieux comprendre leurs difficultés. Pas très facile de communiquer car mon Moba, dialecte local,  est rudimentaire. Avec des gestes, nous nous en sommes sorties et mes talents culinaires ont fait le reste. Mais au bout du compte, ce sont mes biceps qui n'ont pas été à la hauteur !

La pâte devient de plus en plus épaisse, de plus en plus lourde à tourner. Je rends mon tablier, épuisée. les femmes se moquent gentiment de moi

Le fonctionnement de la cantine 

Les mamans se sont organisées en brigade de 32 femmes travaillant par équipe de 8. Il leur faut sortir 300 repas pour les enfants. Et bien sûr elles partent de la matière brute, rien de préparé d'avance, pas de surgelés ou de préparations à moitié cuisinées. Or ces femmes le matin doivent déjà s'occuper de leurs enfants, aller chercher l'eau pour les besoins de la famille, collecter le bois pour le feu... Lorsque ces premières tâches sont terminées, elles viennent faire leur travail pour la cantine. Préparer les repas des enfants est réellement une tâche supplémentaire très fatigante. Précisons que ce travail pour la collectivité n'est pas rémunéré.


On remplit les assiettes et on les met à refroidir

Exemple de menu pour la semaine 

Lundi : pâte de maïs + sauce de saison (gombo, épinard)
Mardi : riz + sauce tomate ou sauce arachide
Jeudi : haricots en grain + gari (semoule de manioc)
Vendredi : pâte + sauce de saison

Les rations des assiettes sont démoulées, mises dans des bassines, apportées dans les classes et redistribuées dans les assiettes avec la sauce du jour.

La cantine n'utilise pas de nourriture importée et les quantités utilisées sont mesurées de façon très précises. En théorie il est donc facile de gérer les stocks. En pratique il faut quelqu'un qui sache compter et se projeter dans l'avenir. La cantine étant sous la responsabilité de l'école, le directeur de celui-ci a accepté de la superviser.


Distribution des repas aux enfants : la maternelle

 

 

Réunion avec les dames de la cantine

 Les femmes font un travail difficile et fatigant et pourtant, lors de la réunion que j’aurai par la suite avec elles, pas une ne se plaindra de la pénibilité de ce travail. Non, elles me diront juste que la queue est bien longue au forage pour aller chercher les litres et les litres d'eau que nécessite la cuisine. 

 Ce sera l'occasion d’introduire la notion de collectivité. En effet les femmes, travaillant pour les enfants de la communauté, doivent être prioritaires pour puiser de l'eau. C'est au directeur de l'école de faire passer cette notion. Je me contente de leur suggérer mais on en parlera au directeur.
Ah ! oui, elles me diront aussi que ce travail est salissant. Le savon coûte cher alors nous allons essayer de leur fournir des blouses. En plus du côté pratique du vêtement, le port de la blouse participera à la reconnaissance du rôle de ces femmes en leur donnant un « statut » social dans le village.


Ci-contre, Martine Sinanja, notre contact au Rotary club de Dapaong, est là pour m'aider à mener la réunion et faire l'interprète. Martine est d'une grande aide pour tout ce qui concerne l'éducation et la condition féminine en général. C'est elle qui a créé les collège et lycée privés de Dapaong qui a maintenant plus de 700 élèves. C'est une femme de tête et une femme de cœur pour laquelle j'ai beaucoup de respect et d'admiration.



 

Le financement de la cantine de Nagou

Mais qui finance et comment faire que cette cantine devienne pérenne ? Les expériences passées ont montré que lorsque les ONG partent, les cantines disparaissent. Comment faire alors pour que notre cantine perdure et comment l'autofinancer ? 
On vous en parle dans le prochain billet. On verra comment un village qui n'a rien, avec un judicieux coup de pousse, peut réussir à fiancer son propre développement.



lundi 30 novembre 2015

Ensemble, on soulève des montagnes !

En fait de montagnes, il s'agissait de cinq extracteurs d'oxygène pesant 32 kg chacun et de 70 cm de hauteur. Mais commençons par le début. Plantons le décor de cette petite histoire qui sort un peu de notre mission mais qui mérite d'être contée :

L'un des extracteurs d'oxygène

Voyage de décembre 2014 

Patrick et moi visitons l'hôpital de Dapaong. Le médecin responsable s'appelle Séverin. Nous en avons déjà parlé. Il est rotarien et c'est l'un des deux médecins de Dapaong (notre ville-base à une petite heure des villages). Les couloirs ne débordent pas de malades, nous sommes en saison sèche et il y a moins de cas de paludisme. Les salles défilent, pas toujours remplies. Des lits de fer, un confort très sommaire. Dans une salle, tout seul, posé sur un lit protégé par une housse en plastique vert foncé, un petit bébé. Une petite crevette, avec des tubes partout, perdu au milieu de ce grand lit. Ni Patrick ni moi n’avons de formation ou d'expérience médicale. Nous nous taisons, muets tout d'un coup. 
Plus loin, un autre bébé, dans une couveuse. Une crevette encore plus petite, sous oxygène. Séverin se fâche alors et demande à la famille de sortir de la pièce car ils prennent de l'oxygène au bébé. C'est là que nous voyons pour la première fois l'importance et la fonction d'un extracteur d’oxygène*.
Nous sortons de cette visite d'hôpital ébranlés et l'estomac noué.

Christian est un ami d'adolescence de Patrick. On ne portera pas atteinte à leur vie privée en disant qu'ils ont fait les quatre cents coups ensemble dans leur jeunesse. coup de pousse les a rapprochés.

Voyage de février 2015 

Christian nous accompagne. Christian est responsable du matériel dans un grand hôpital parisien. Il visite également l'hôpital de Dapaong en regardant de très près le matériel. Il est, lui aussi, touché par le manque de moyens et les équipements de fortune quelques fois utilisés.

Les machines, qui sont remplacées par du matériel plus récent, ont été révisées sont parfaitement aptes à l'emploi

Paris, septembre 2015

Patrick reçoit un mail de Christian : « Voici des photos de mes extracteurs d’oxygène que je peux te donner. Je pourrais t’en donner cinq »

Le problème du transport

Le matériel est là, à notre disposition, mais comment l'acheminer ? Il s'agit de matériel médical, réglementé. Donc ce n'est pas aussi facile à faire sortir ou entrer d'un pays que des cartons de Duplo ou des teeshirts. De plus, le Togo taxe maintenant ses importations durement pour protéger son marché. Il y a juste un bug dans leur loi : il a été oublié de faire exception de toutes les marchandises apportées par les ONG. Enfin, nous avons Patrick et moi, à nous deux, à peu près 110 kg de franchise de bagages. Même si nous prenons le risque, il nous faudra plusieurs voyages pour les apporter ! 
Tous les deux avons encore à l'esprit l'image des ces bébés dans l'hôpital de Dapaong. Pas question d'attendre si longtemps ni de risquer de se faire confisquer le matériel. Nous devons trouver une solution.

Les extracteurs emmaillotés. Patrick va les chercher et les apporter à Roissy

La solution : une chaîne de volontés individuelles !


Il y a d'abord Mamoudou, le président du Rotary-club de Dapaong. Mamadou nous donne le contact de Pascaline. Pascaline est une togolaise qui vit en France. Elle connait des Togolais qui envoient un container à Lomé**. Elle nous met en contact avec Sam en France. Sam organise le transport vers le Togo (pour la petite histoire, nos extracteurs partent avec des lave-linge, fenêtres, vêtements et autres objets divers que nos amis Togolais vivants en France envoient à leur famille). Puis les contacts des Rotariens à Lomé réceptionnent les extracteurs et enfin Salifou, rotarien et notre expert en reforestation et agriculture, rapporte le matériel à bon port.
Les extracteurs sont impeccables. Ils n'ont pas souffert du voyage, ils sont testés : ils fonctionnent parfaitement. 

Quel bel exemple de solidarité. Juste en ce moment où on vient de nous montrer comment l'homme pouvait être cruel et sans pitié, le succès de cette opération révèle que les volontés peuvent aussi s'unir pour faire ce qui est juste et bien.

On vous le dit depuis le début : TOUS ENSEMBLE !


*dispositif médical qui fournit un air enrichi en oxygène.
**Lomé : capitale du Togo, à l'extrême sud du pays. Lomé est à une journée de voiture de Dapaong. C'est un voyage très fatigant de plus de 600 km avec de très mauvaises routes.



vendredi 6 mars 2015

Aperçu de la santé dans la Région des Savanes


 
 le Plateau


Préambule 

 Au fil des derniers mois, nous nous sommes aperçus qu'il n'était ni sage ni pertinent de ne s'occuper que du village de Nagou. coup de pousse aide donc maintenant au développement des 4 villages situés sur le plateau rocheux : Nagou, Boré, Djapak et Lokpergou. Faute de nom géographique déjà existant, nous appelons cette entité le Plateau.

La santé

Parmi les cinq priorités de coup de pousse, la santé est le domaine dans lequel nous avons le moins avancé, pour ne pas dire pas du tout. En effet en 2014, nous avons lancé plusieurs chantiers à la fois, l'eau et l'éducation tout en travaillant sur les AGR avec l’exploitation des grottes, mais nous avons laissé la santé de côté. Plusieurs raisons à cela. La première, d'ordre plutôt pratique, est que nous ne pouvions pas tout faire à la fois. Ensuite la santé est du domaine de l'état et des expériences antérieures privées ont été des catastrophes. Enfin il faut bien avouer que nous ne savions pas par quel bout prendre le problème. Un des objectifs du voyage de février dernier est donc de travailler sur le sujet.


Descente à l'USP de Bogou, une des USP qui dessert le plateau. Une heure de marche d'un bon pas sur un sentier de chèvres

En bref, dans la Région des Savanes, le système de santé togolais est organisé de la façon suivante  (et dans tout le Togo c'est la même chose) : un centre régional hospitalier (CHR, strate administrative hospitalière disparue en France où nous n’avons plus que des CHU) qui gère des unités de soins périphériques (USP) disséminées sur le terrain. Une USP est un petit bâtiment, une sorte de dispensaire de campagne. S'y trouvent un infirmier, diplômé d'état, une matrone (sage-femme) et deux auxiliaires de santé. L'USP est ouverte 24h/24. Une USP coûte 100 000 € à construire et c'est du ressort de l'état, pas d'une modeste ONG comme la nôtre. 

Autre vue du même sentier de chèvres

Mais malgré cela, il y a bien quelque chose que nous devons pouvoir faire ! Une aide inespérée pour s'attaquer au problème est venue du RCD*, par un nouveau contact dont nous n'avons pas encore parlé. Nous vous avons présenté précédemment Anani, vétérinaire, l'un de nos trois contacts avec le RCD. Anani a été remplacé récemment (il est très pris et a beaucoup moins de temps à nous consacrer) par Séverin Kombate, médecin et donc une perle rare dans la Région des Savanes.

Séverin reçoit des mains de Christian un pousse-seringues qui sert aux perfusions. Christian est technicien de bloc-opératoire et nous a accompagné lors de notre dernier voyage, fin février.

Séverin, un médecin togolais

Séverin est médecin généraliste. Comme en France, ses études durent 7 ans. Originaire de la ville de Dapaong il va à l'université de Lomé, la capitale, tout au sud du pays. Il se spécialise en pédiatrie. Dans la région des Savanes (à peu près 700 000 hab.) il n'y a qu'un seul pédiatre qui est au CHR de Dapaong. Séverin, lui, travaille au service pédiatrique de l'hôpital de Yendubé, privé et d'origine catholique, créé en 1962 pour les enfants. Il rejoint le RCD en 2013, c'est donc un petit nouveau au Rotary ! Lorsque je l'ai interrogé pour écrire ce billet, Séverin a utilisé des mots que l'on n'ose quelque fois plus prononcer sous peine de se faire railler. Il a parlé de sacrifice de soi, d'aide aux autres, de donner. La fraternité et l'amitié entre les membres l'ont attiré au RCD, il regrette juste que celui-ci ne soit pas plus visible, plus convaincant pour rallier de nouveaux membres.
J'ai rencontré un homme calme, qui parle d'une voix douce et ne semble jamais s'énerver. On sent qu'il hésite à se mettre en avant mais montera au créneau sans problème si c'est pour défendre une cause qui lui tient à coeur. C'est donc avec son aide, son soutien et ses conseils que nous allons pourvoir faire quelque chose dans le domaine de la santé pour les populations du Plateau.

Séverin nous montre le système pour peser les très jeunes enfants


Dans le prochain billet, nous verrons quelles solutions Séverin nous proposera : la Stratégie avancée. Puis nous montrons sur le Plateau pour une réunion avec tous les acteurs de la santé, chefs de villages, chefs des comités du  développement villageois (CVD) et auxiliaires de santé. Tous ? Non, en fait il manquait un village, Nagou qui... boudait !



* RCD : Rotary Club de Dapaong


mardi 10 février 2015

Dernier coup de tampon !





Samedi dernier, à Paris, se tenait l'assemblée générale de coup de pousse. Alors, une fois n’est pas coutume, aujourd'hui nous resterons en France.
Ah ! Les AG... c'est toujours un peu ennuyeux : des mots, des chiffres, des votes... On y va parce qu'il le faut et on s'ennuie un peu en attendant le verre qu'on ne manquera pas de vous servir à la fin.
 Eh bien pas du tout ! Patrick a présenté nos actions pour 2014 et nos projets pour 2015. C'était le moment de voir de près les nombreuses photos des constructions. Nous avons eu beaucoup de questions sur celles-ci, puis sur l'eau : peut-on créer un barrage et une grande citerne ? Notre politique sur les engrais a été challengé : avons-nous eu raison de distribuer des engrais (phosphates) et à court terme ainsi éviter une famine quasi certaine ? Ou fallait-il penser tout de suite sur le long terme et mettre en place une politique d'agriculture raisonnée ?
Ce fut un grand moment d'échanges d'idées, comme un conseil d’administration en fait. Car il ne faut pas s'y tromper, coup de pousse est une entreprise, à but philanthropique certes, mais une entreprise où toutes les divisions sont prises à bras le corps, organisées, planifiées, gérées avec des budgets et des objectifs. Le tout en assimilant la culture locale et les besoins que nous transmettent les villageois. Et notre jeton de présence, c'est la satisfaction intense que nous retirons de tout cela : voir les bâtiments monter, les enfants manger à la cantine, les villageois lentement se développer...

Et nous étions tellement absorbés par nos discussions que nous avons failli oublier d'approuver les comptes* et le budget 2015 !
Chose faite, la séance s'est clôturée par la signature officielle par coup de pousse du Pacte d'aide aux villageois. Et notre ami président a mis tellement d'énergie dans son coup de tampon qu'on a cru un moment que ce serait la première et dernière utilisation de celui-ci.
Et après, nous avons enfin pu le boire, ce verre !





* vérifiés par un commissaire aux comptes agréé, bien que ce ne soit pas obligatoire, notre association n'étant pas reconnu d'utilité publique

mardi 6 janvier 2015

Les grottes de Nok

Panorama des grottes

Petit rappel : ces grottes appartiennent au village de Nagou et sont sur la liste des sites proposés au patrimoine mondial de l'UNESCO. Elles le méritent mais elles sont mal exploitées et la gestion de la caisse des entrées est malaisée : grille des prix floue, tarifs négociés très aléatoirement, trop de guides (six). Sur le site même, aucune infrastructure n'est prévue pour accueillir les touristes et leur permettre de se désaltérer après la visite. Pas de parking non plus.


Avec le responsable du ministère de la culture et ses adjoints

Nous avons dans nos bagages des affiches et 300 plaquettes à mettre dans des endroits stratégiques. Nous les avons conçues en étroite collaboration avec le ministère de la culture assez tatillon sur certains points. Le lendemain, à Nagou, nous présentons nos documents aux guides officiels et au comité des grottes. Les guides sont six en principe, mais seulement trois sont régulièrement présents aux réunions. En fait deux guides suffisent amplement alors le choix de ceux qui garderont leur job sera donc vite fait. Le troisième larron ne restera pas sur le carreau, il sera guichetier ou tiendra la buvette.


Les guides et les membres des comités découvrent la plaquette




Deux guides, Coulbene et Laré


Ensemble nous allons sur le site, situé à l'entrée du village. Il faut baliser précisément une zone tampon déterminée par le ministère de la culture togolais. Aucune construction ne sera possible dans cette zone. Le guide présent lors de la visite du fonctionnaire nous montre les bornes et Patrick relève les points GPS. Trois magnifiques manguiers poussent non loin. L'emplacement de la buvette est donc tout trouvé. Mais qui dit buvette, dit aussi réfrigérateur, donc énergie. Energie solaire ? Probablement mais à étudier. Il faut également matérialiser l'emplacement du parking, le guichet de vente des tickets, penser à la signalisation routière (en venant de Lomé* aucun panneau n'indique les grottes), à sécuriser les lieux... 







« Raccourci  » de la vallée vers le plateau qui passe le long du site des grottes. Il y a quelques mois, une femme portant un sac de maïs, est tombée. On a dû l'amputer d'une partie de la jambe. Après avoir entendu ceci, est-il encore besoin de motivations supplémentaires pour aménager un chemin d'accès plus facile ?!

Le projet grottes est au budget de 2015 et doit donc démarrer rapidement. Pratiquement il y beaucoup de petits détails à régler. Il y a enfin une dernière dimension à prendre en compte : ce site exceptionnel doit rester beau et être représentatif de l'habitat local (apatame et non tôles ondulées), avoir un minimum de confort (des latrines décentes) et rester propre afin de respecter la beauté des lieux. De quoi bien nous occuper pendant les prochains mois !

* capitale du Togo, à l'extrême sud du pays




Pour en savoir plus

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