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dimanche 6 mars 2016

Le développement durable sur le plateau (suite)



Mai : les cultures commencent à pousser

Une terre qui devient aride

Nous avons vu dans le billet du 13 février que l’équilibre fragile de l’écosystème de la Savane était menacé.  Plusieurs raisons à cela : l'exploitation forestière extensive causée par la pression démographique (besoins en bois pour faire la cuisine) mais aussi l'agriculture sur brulis (on brûle après récolte ce faisant on détruit tout le complexe argilo-humique*), les animaux qui divaguent en liberté partout (surpâturage)... 
Le problème est crucial. En effet, pas besoin d'avoir fait AgroParisTech pour comprendre que nous sommes ici dans une région d'agriculture de survie où les paysans doivent  produire s'ils veulent manger à leur faim et nourrir leur famille.


Les animaux divaguent en liberté et broutent ce qu'ils peuvent pour survivre

Le problème de l'utilisation abusive et exclusive des engrais est encore venu compliquer la donne (ne pas oublier que l'Afrique est un gros marché pour les producteurs d'engrais). Il y a quelque fois beaucoup d'impuretés dans ces engrais qui tuent le sol. Ajoutés à cela les traitements avec les pesticides (le coton est traité deux fois par an avec un produit interdit depuis 15 ans) et vous avez une idée du tableau : la terre n'en peut plus et devient de plus en plus stérile.

De sa concession (maison), cette villageoise peut voir les cultures pousser. Dans quelques mois, on ne reconnaîtra plus le paysage.


La bonne nouvelle est que ce processus est réversible. Il faut deux à trois ans pour « réparer » un sol et le faire revivre. Le gouvernement togolais a fait des foires pour sensibiliser les populations à la culture bio. Il y a des méthodes qui sont déjà mises en pratique. Sans entrer dans les détails, le paysan doit maintenant apprendre à combiner modernisme et savoir traditionnel. .

Cette sensibilisation est le travail actuel de Salifou, notre expert agro et membre du RCD **, et de Michael, le peace corp. Le rôle de la plantation communautaire que nous avons financée et dont nous vous parlions dans l'avant-dernier billet, est essentiel. Le paysan est comme St Thomas, il a besoin de voir pour croire ! Lorsqu'il verra que le système de compost fonctionne et lui évite l'achat d'engrais, il reproduira le schéma chez lui.

Cette éducation environnementale est essentielle afin que les populations comprennent  ce qui arrive. C'est un sacré challenge mais faire revivre les terres permet de lutter contre l'exode rural et est une solution à long terme pour assurer des revenus plus stables aux populations. On peut même se projeter encore plus loin dans l'avenir : pourquoi pas, à terme, obtenir une certification de « maïs du plateau » de même que cela existe déjà pour la pintade de la Savane, gage de qualité. Quelle consécration alors !

Concluons donc ce billet sur cette note d'espoir et si vous voulez, vous pouvez mettre virtuellement les mains dans le compost en regardant les photos ci-après.






Salifou explique comment faire le compost















On ensemence avec des champignons

     
     
     

Les paysans mettent la main à la pâte













 

Et hop ! Après quelque temps, on a un beau tas de compost 😊


* structure formée d'argile et d'humus qui retient les éléments essentiels à la plante
** Rotary Club de Dapaong




Pour en savoir plus

Visitez le site de coup de pousse, www.cdpousse.org et suivez nos actus en vous inscrivant au flux des billets (en haut à droite du blog), écrivez-nous à florence@cdpousse.org et pour faire un don, cliquez ici

mardi 16 juin 2015

Épilogue : après les albums, les commentaires de notre photograghe



Marguerite a essayé de vous faire partager son voyage à l'aide de son appareil photo. Pour conclure, elle a bien voulu mettre mettre des mots sur ses émotions. Elle vous livre ici ses impressions.

Test d'un lit de repos traditionnel

Le voyage de coup de pousse ou ma première aventure en Afrique Noire 

Je ne vais pas vous mentir, la semaine précédant le départ j’appréhendais un peu ce voyage. Je me disais que je n’allais servir à rien pour l’association, que j’allais être vue comme la petite blanche occidentale qui vient épier comment les gens vivent de l’autre côté de la barrière.  J’avais aussi un peu peur de me confronter à une pauvreté ambiante à laquelle, soyons honnête, je ne suis pas vraiment habituée.
Autant vous dire que toutes ces appréhensions étaient infondées.
Certes je n’avais pas un rôle clé dans le voyage mais Patrick et Florence ont su m’impliquer dans toutes les réunions et réflexions. Et puis j’ai apporté ma petite contribution en mettant au service de l’association mon appareil photo.


Marguerite découvre les grottes de Nok
 

Je débarquais de mon monde privilégié où mes problèmes existentiels se résument à savoir si ce soir je vais courir avec mes copines du handball ou boire un verre avec une autre amie ou si je vais déjeuner au jap’ plutôt qu’à l’italien du coin. En face de moi j’ai eu des gens qui vivent avec pas grand chose voire avec presque rien. Pourtant on ne me l’a jamais fait sentir de façon oppressante, nous avons été accueillis avec une grande gentillesse et surtout beaucoup de dignité. Les villageois ne laissent pas transparaitre facilement leur pauvreté. 


 

Nous sommes allés à Nagou un jour de fête et tout le monde avait revêtu sa plus belle tenue. Il y avait même un enfant en costume de banquier de la City ! Et puis leur sourire, spontané et extrêmement communicatif peut vite faire oublier toutes les différences qu’il y a entre nous. 

 
C’était difficile pour moi au départ de prendre des portraits. Étant d’un naturel timide j’ai toujours peur d’importuner les gens et de violer leur intimité. Peu à peu j’ai réussi à le faire et ce fut un véritable plaisir car il faut admettre une chose : les Togolais savent poser ! Ils ont un « swag » qu’il nous est bien difficile de copier. Que ce soit par leur sourire Colgate, par leur regard très intense ou par leurs expressions inimitables, ils offrent à l’objectif quelque chose d’unique. 

Succès de Marguerite et de son appareil photo

D’un point de vue humain ce voyage était donc très fort. Car en plus des villageois, j’ai fait la connaissance des membres du Rotary Club. 
En effet coup de pousse ce n’est pas 2 yovos (= blancs au Togo) qui débarquent dans un village en balançant des casquettes et des ballons de foot pour faire sourire les enfants. coup de pousse, c’est une association qui réfléchit avec des intermédiaires et volontaires togolais experts dans leurs domaine (santé, génie rural, éducation, agriculture…) sur les moyens les plus efficaces et adaptés à la culture locale pour mener le plateau de Nagou,  Boré, Djapak et Lokpergou à l’autonomie et même à une forme de prospérité. J’ai été frappée par l’importance de ces discussions : sans l’avis et la connaissance de ces experts, avec la meilleure volonté du monde, nous irions droit dans le mur en essayant d’appliquer des solutions bien françaises à des problématiques bien togolaises !

Cela implique beaucoup de circonvolutions politiques, de la diplomatie, du formalisme et donc beaucoup de patience mais c'est le seul moyen d’atteindre l’objectif donné.

Photo volée par des paparazzi : Marguerite se repose en tenue locale et à l'ombre d'un manguier

Cela m’amène à la deuxième force de ce voyage. L’épicière* que je suis a pu assister en live à un business case des plus intéressants. Car coup de pousse est une petite start-up avec un budget, des Key Performance Indicators, une stratégie court-terme et long-terme, des fournisseurs, un plan de communication et une politique RH… C’est fascinant (et souvent une belle leçon) de voir comment cette start-up est gérée par son CEO Patrick et son bras-droit Florence. 

 La troisième force (oui, je suis formatée aux plans en trois parties) de ce voyage fut culturelle. J’ai adoré découvrir cette partie de l’Afrique Noire : les grottes de Nok, la vue depuis Piglou, la pintade grillée, les mangues, le SportActif, le tissu Wax, la nonchalance africaine, les 40°C à l’ombre, les us et coutumes chez les Moba,… J’en ai pris plein les yeux.

Alors, oui, j’ai loupé un cours de marketing pour partir au Togo, mais à la place j’ai eu :
  • un cours de négociation (quand on parlemente avec le chef de village ou avec le préfet, ça nécessite de la flexibilité et des pincettes),
  • un cours de LV3 (je connais au moins 3 mots de Moba maintenant),
  • un cours de SVT (l’agriculture intensive et ses méfaits, la rentabilité de l’engrais et des semences hybrides),
  • un cours de comptabilité (comment gérer la caisse d’entrée des grottes de Nok),
  • un cours de stylisme (je sais porter pagne et boubou comme une vraie togolaise).

Et puis surtout, un très beau et utile cours d'humanisme !


* surnoms donnés aux étudiants des écoles de commerce (NDLR)

mardi 10 février 2015

Dernier coup de tampon !





Samedi dernier, à Paris, se tenait l'assemblée générale de coup de pousse. Alors, une fois n’est pas coutume, aujourd'hui nous resterons en France.
Ah ! Les AG... c'est toujours un peu ennuyeux : des mots, des chiffres, des votes... On y va parce qu'il le faut et on s'ennuie un peu en attendant le verre qu'on ne manquera pas de vous servir à la fin.
 Eh bien pas du tout ! Patrick a présenté nos actions pour 2014 et nos projets pour 2015. C'était le moment de voir de près les nombreuses photos des constructions. Nous avons eu beaucoup de questions sur celles-ci, puis sur l'eau : peut-on créer un barrage et une grande citerne ? Notre politique sur les engrais a été challengé : avons-nous eu raison de distribuer des engrais (phosphates) et à court terme ainsi éviter une famine quasi certaine ? Ou fallait-il penser tout de suite sur le long terme et mettre en place une politique d'agriculture raisonnée ?
Ce fut un grand moment d'échanges d'idées, comme un conseil d’administration en fait. Car il ne faut pas s'y tromper, coup de pousse est une entreprise, à but philanthropique certes, mais une entreprise où toutes les divisions sont prises à bras le corps, organisées, planifiées, gérées avec des budgets et des objectifs. Le tout en assimilant la culture locale et les besoins que nous transmettent les villageois. Et notre jeton de présence, c'est la satisfaction intense que nous retirons de tout cela : voir les bâtiments monter, les enfants manger à la cantine, les villageois lentement se développer...

Et nous étions tellement absorbés par nos discussions que nous avons failli oublier d'approuver les comptes* et le budget 2015 !
Chose faite, la séance s'est clôturée par la signature officielle par coup de pousse du Pacte d'aide aux villageois. Et notre ami président a mis tellement d'énergie dans son coup de tampon qu'on a cru un moment que ce serait la première et dernière utilisation de celui-ci.
Et après, nous avons enfin pu le boire, ce verre !





* vérifiés par un commissaire aux comptes agréé, bien que ce ne soit pas obligatoire, notre association n'étant pas reconnu d'utilité publique

Pour en savoir plus

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