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vendredi 2 novembre 2018

Un trail et quelques mois plus tard, une école primaire !


Insouciante, à Kona, cette petite fille joue par terre pendant que les grands discutent !

Grâce à vous tous, cette petite fille pourra aller très bientôt dans une vraie école primaire en dur ! Fini l'abri de fortune, l’apatam, avec un seul livre pour toute la classe.

Belle-Île-en-trail

Retour sur cet été. 
Il fait beau, il fait chaud, trop chaud parfois... nous sommes sur la pente douce des vacances et la vie est belle... Mais quelque part, 23 traileurs, généreux et fondus de sport, s'entrainent dur. Ils doivent participer aux courses de Belle-Île-en-trail mi-septembre. Mais ils ne font pas que cela, ils collectent aussi pour construire l'école primaire de cette jolie petite fille ci-dessus. Et cela, cela demande presque autant d'énergie que de courir ! Envoyer des mails, convaincre, relancer... Mais pari gagné, voyez plutôt :




15641 € !!! De quoi financer la moitié de l'école primaire de Kona, dans la Région des Savanes, au nord du Togo.



 
Ils étaient doublement fiers : d'avoir fini leur course et d'avoir dépassé l'objectif de la campagne










Ils ont courus 83 km, 45 km, 19km et 9 km, et ont parcourus à eux tous plusieurs centaines de kilomètres sur les sentiers escarpés de Belle-Île. Regardez-les ici. C'est beau, n'est-ce-pas ? C'est fou aussi. Cela ne vous donne pas envie de courir pour coup de pousse dans deux ans ?! Merci à eux pour cette formidable énergie solidaire déployée.

 Kona-Malabate

L'école sera construite sur le site de Kona mais regroupera les élèves de Kona et de Malabate, deux villages voisins qui s'entendent bien et qui se sont groupés pour travailler ensemble. Une communauté de communes en quelque sorte !

Kona, l'école actuelle, qui abrite 150 enfants

Mais comme souvent ce village un peu isolé a un problème d'accès. À la saison de pluies, les petits cours d'eau, à sec auparavant, deviennent des obstacles naturels qui empêchent les enfants d'accéder à l'école.
Au printemps, comme à Lokpergou, les habitants des deux villages de Kona et Malabate ont donc fait un THIMO*. coup de pousse a procuré les fonds pour acheter des outils et du ciment et ils ont construit un pont solide et carrossable. Car en plus de sécuriser le passage des enfants, il est primordial d'avoir des voies d'accès carrossables.  L'équation est simple : route + pont = accès pour les camions = construction possible.

*THIMO : Travaux de Haute Intensité de Main-d’Œuvre

L'eau de cet été a emporté la route juste après le pont


Malheuresement, l'eau a emporté une autre partie de la route. Nous le découvrons lors de notre voyage du mois dernier. Didier et Dominique, qui est avec nous pour la première fois, examinent le problème. Et entre notre bâtisseur local et l’ingénieur la solution est vite trouvée : lors de la saison des pluies de cet été, la petite rivière s'est obstruée en amont, l'eau est sortie de son lit et a tout emporté. La rivière sera dégagée et surveillée à l'avenir. Quant à la route, les habitants sont en train de la refaire.



Vous pouvez voir que la tâche est rude et que cette réfection de la route demandera un gros travail de main d’œuvre. Mais bientôt les camions pourront passer et la construction de l'école commencera. Nous verrons cela en janvier, lors de notre prochain voyage.

Le collège de l'Union des Plateaux


En février dernier nous inaugurions officiellement le collège de l'Union des Plateaux. Comme de juste, nous sommes donc allés lui rendre visite. Le bilan après quelques mois d'ouverture est mitigé : il y a du bon et du moins bon.

Du bon : le collège est tout à fait opérationnel, bien équipé, y compris de panneaux solaires ; il est bien tenu, fait le plein d’enfants et les enseignants sont très motivés.
Du moins bon : le niveau général n'est pas très élevé, et les résultats du BEPC ne sont pas suffisants. 

 
Des enfants souriants et motivés

Le fait de scolariser les enfants le plus longtemps possible fait partie de nos objectifs. La contrepartie est que le niveau général baisse. Nous avons présenté des enfants au BEPC qui n’avaient pas le niveau (le plus âgé avait... 24 ans). Nous avons décidé pour cette rentrée de faire des classes de soutien pour les enfants les plus en difficulté, en particulier en 6 e où nous avons des enfants très en retard en lecture.
Nous avons la chance d’avoir une équipe d’enseignants très motivés, en particulier le directeur du CEG qui prend très à cœur son métier dans ce contexte rural. Nous sommes certains que les résultats seront au bout de nos efforts. Il faut juste être patient !


Le deuxième coup de pouce d'Air France



Numéro de juin 2018

La Fondation Air France a financé les deux tiers du collège. À l'époque, nous savions qu’après la construction, il faudrait livrer la bataille de la reconnaissance officielle du collège, afin que le directeur et les professeurs soient payés par l'état. Cela pouvait prendre quelques années. Il nous fallait donc trouver un moyen d'être en haut de la pile des dossiers en attente. Mais ce n’était pas si simple que cela. Beaucoup d'écoles se construisant dans tous les sens, et sans toujours respecter les directives de l'état togolais, celui-ci exerce un contrôle pointilleux.
Malgré nos visites régulières à l'inspection cela ne se débloquait pas, et la situation commençait à nous rendre très mal à l'aise.




Page 150 du magazine


Et puis sans le savoir, la Fondation Air France nous a aidé un deuxième fois. Nous avons été publié dans leur magazine de juin cette année. Et là, cela a été magique ! Patrick a abattu cet atout majeur juste quand il le fallait. Les planètes étaient alignées pour nous car l’inspecteur du secondaire, à qui nous rendions visite, allait justement voir sa hiérarchie. Il a emporté l'article avec lui. Cette publication dans un magazine aussi prestigieux que celui d'Air France et distribué dans tous ses avions nous a fait remonter au premier rang de la liste des CEG en puissance.






Décret officiel de reconnaissance du CEG école d'état


Nous avons appris la nouvelle juste en rentrant. Il nous fallu relire trois fois le document pour être certain du fait. Nos amis togolais étaient fous de joie. Cette reconnaissance officielle, cela veut dire un collège que les parents n'ont plus à financer intégralement, des professeurs payés par l'état, plus de moyens, une meilleure qualité d'enseignement et plus d'enfants scolarisés en secondaire.
Alors, elle n'est pas belle, la vie ?! 
Encore mille mercis à la Fondation Air France.


 Nous vous quittons sur ce joli sourire de cette collégienne du nouveau CEG de l'Union des Plateaux.

À bientôt !

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jeudi 2 juin 2016

Alphabétisation


Classe d'alphabétisation faite dans un apatame à Lokpergou


« L’alphabétisation change la vie et même davantage, elle en sauve. » Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco
« Aujourd’hui, 16 % de la population adulte mondiale est analphabète, soit 781 millions de personnes. Parmi elles, deux tiers sont des femmes.
L’instruction permet aux femmes de connaître les bonnes pratiques d’hygiène, de protection contre certaines maladies (sida, paludisme, malaria…), de bien administrer les médicaments, de faire appel à des sages-femmes pour le suivi des grossesses. Ainsi, le Nigeria – qui a un des plus faibles taux d’alphabétisation – a mis en place une réforme de l’éducation dans les années 1970. Elle a été suivie d’une baisse de 29 % du taux de mortalité maternelle. »
(source : La Croix, Anaïs Brosseau, le 08/09/2014)

Classe à Boré.


Au Togo, les adultes n'ont pas de deuxième chance s'ils ont raté la période de scolarisation et l'alphabétisation est un sujet qui a toujours été à notre programme. Nous ne l'avions pas encore abordé. Maintenant c'est fait ! 
Des classes ont commencé à Boré et à Lokergou et notre ami Michael*, qui gère le projet, nous a demandé une rallonge de budget (accordée) pour pouvoir également organiser des cours à Nagou et à Djapack. Les classes ont beaucoup de succès car les adultes, les femmes notamment, savent instinctivement qu'on fait difficilement du développement avec des analphabètes. 

*rappel : Michael est le Peace Corps qui vit à Nagou depuis plus de six mois

Un professeur de l'école primaire fait la classe

 

Pourquoi plus de femmes sont analphabètes ?

Pour de multiples raisons : les femmes sont requises aux corvées d'eau et aux corvées ménagères et sont souvent absentes de l'école. De plus pour s'inscrire à l'école il faut impérativement un acte de naissance. Or les filles ne sont pas toujours déclarées (bizarrement les garçons n'ont pas ce problème !). Les femmes accouchent chez elles et ensuite, c'est l'homme qui déclare l'enfant au chef de village ou au chef de canton. Si ce n'est pas fait dans les trois mois il faut passer par le tribunal. C'est long et compliqué. Une amie togolaise m'a confié qu'elle devait à opiniâtreté de sa maman d'avoir pu avoir enfin un acte de naissance (et par là une existence légale) et de pouvoir aller à l'école. Pour toutes ces raisons, le taux d'analphabètes est plus élevé chez les femmes.

Quels bénéfices attendre de l'alphabétisation des femmes ?


  • La femme alphabétisée mettra à coup sûr son enfant à l'école. Il y a un dicton en Afrique qui dit : « Une maman alphabétisée, c’est 6 enfants scolarisés ». Aucune statistique ne confirme l'exactitude des ces chiffres mais les faits confirment que les mamans qui savent lire, écrire et compter sont encore plus conscientes de la nécessité de donner une éducation à leurs enfants et sont prêtes à de grands sacrifices pour qu'ils aillent à l'école. Dernier argument de taille : comment une maman peut-elle aider son enfant si elle-même ne sait ni lire ni écrire ?
  • La femme a un rôle économique essentiel dans le foyer africain. C’est la femme qui achète, qui vend et qui gère le budget familial (sauf le budget boisson du mari). C'est la femme qui va au marché et a souvent un petit commerce (savon, légumes du jardin...). Ainsi en avril dernier, notre acheteur de maïs était une femme (et cela c'est un très gros commerce). Mais pour cela, il faut qu'elle ait des bases et qu'elle sache compter.
  • Elle a enfin un gros impact sur la santé du foyer. Savoir lire et compter lui permet de mieux comprendre les campagnes de vaccinations, de bien doser les médicaments donnés par la sage-femme ou l'infirmier car même si c'est écrit en français et qu'on lui enseigne le Moba, la langue locale, les chiffres restent les mêmes dans les deux langues. Et une fois que le processus de lecture sera enclenché, elle pourra alors apprendre quelques mots de français.

Pourquoi des classes exclusivement féminines ?

 

On ne mélange pas les genres car la femme osera beaucoup moins s'exprimer si des hommes sont là, pour respecter la hiérarchie sociale et de peur des moqueries. La hiérarchie homme-femme et leur interaction en sphère public-privé sont encore très présentes dans la société togolaise. 
Les hommes auront leur tour et leur cours plus tard. Pour l'instant, comme nous ne pouvons pas tout faire, nous privilégions l'efficacité, donc les femmes.




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dimanche 6 mars 2016

Le développement durable sur le plateau (suite)



Mai : les cultures commencent à pousser

Une terre qui devient aride

Nous avons vu dans le billet du 13 février que l’équilibre fragile de l’écosystème de la Savane était menacé.  Plusieurs raisons à cela : l'exploitation forestière extensive causée par la pression démographique (besoins en bois pour faire la cuisine) mais aussi l'agriculture sur brulis (on brûle après récolte ce faisant on détruit tout le complexe argilo-humique*), les animaux qui divaguent en liberté partout (surpâturage)... 
Le problème est crucial. En effet, pas besoin d'avoir fait AgroParisTech pour comprendre que nous sommes ici dans une région d'agriculture de survie où les paysans doivent  produire s'ils veulent manger à leur faim et nourrir leur famille.


Les animaux divaguent en liberté et broutent ce qu'ils peuvent pour survivre

Le problème de l'utilisation abusive et exclusive des engrais est encore venu compliquer la donne (ne pas oublier que l'Afrique est un gros marché pour les producteurs d'engrais). Il y a quelque fois beaucoup d'impuretés dans ces engrais qui tuent le sol. Ajoutés à cela les traitements avec les pesticides (le coton est traité deux fois par an avec un produit interdit depuis 15 ans) et vous avez une idée du tableau : la terre n'en peut plus et devient de plus en plus stérile.

De sa concession (maison), cette villageoise peut voir les cultures pousser. Dans quelques mois, on ne reconnaîtra plus le paysage.


La bonne nouvelle est que ce processus est réversible. Il faut deux à trois ans pour « réparer » un sol et le faire revivre. Le gouvernement togolais a fait des foires pour sensibiliser les populations à la culture bio. Il y a des méthodes qui sont déjà mises en pratique. Sans entrer dans les détails, le paysan doit maintenant apprendre à combiner modernisme et savoir traditionnel. .

Cette sensibilisation est le travail actuel de Salifou, notre expert agro et membre du RCD **, et de Michael, le peace corp. Le rôle de la plantation communautaire que nous avons financée et dont nous vous parlions dans l'avant-dernier billet, est essentiel. Le paysan est comme St Thomas, il a besoin de voir pour croire ! Lorsqu'il verra que le système de compost fonctionne et lui évite l'achat d'engrais, il reproduira le schéma chez lui.

Cette éducation environnementale est essentielle afin que les populations comprennent  ce qui arrive. C'est un sacré challenge mais faire revivre les terres permet de lutter contre l'exode rural et est une solution à long terme pour assurer des revenus plus stables aux populations. On peut même se projeter encore plus loin dans l'avenir : pourquoi pas, à terme, obtenir une certification de « maïs du plateau » de même que cela existe déjà pour la pintade de la Savane, gage de qualité. Quelle consécration alors !

Concluons donc ce billet sur cette note d'espoir et si vous voulez, vous pouvez mettre virtuellement les mains dans le compost en regardant les photos ci-après.






Salifou explique comment faire le compost















On ensemence avec des champignons

     
     
     

Les paysans mettent la main à la pâte













 

Et hop ! Après quelque temps, on a un beau tas de compost 😊


* structure formée d'argile et d'humus qui retient les éléments essentiels à la plante
** Rotary Club de Dapaong




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mardi 26 janvier 2016

Comment créer de la richesse dans les villages ?



Le maïs, l'un des éléments de base de l'alimentation togolaise

Lorsque nous avons commencé notre activité à Nagou, l'une de nos préoccupations était d'assurer la pérennité de nos actions. Quand coup de pousse partira, que se passera-t-il ? Comment gérer le long terme ?
Nous avons alors réalisé qu'il fallait absolument créer de la richesse, facteur essentiel à  la pérennité des projets

Vérification des comptes de l'opération engrais par Patrick

 

Création de richesses

Comment développer des activités génératrices de revenus (AGR) dans un village qui n'a rien ?


Ils n'ont rien ? Ce n'est pas tout à fait exact : ce sont des agriculteurs qui possèdent des terres et la cultivent depuis des générations. Ils n'ont pas d'argent mais produisent du maïs. Il faut juste les aider à mieux faire ce qu'ils savent faire, c'est à dire exploiter leurs terres, de manière à augmenter leur richesse. 
Les agriculteurs n'ont pas les moyens de s’acheter l’engrais nécessaire à leur exploitation. Ils ne peuvent pas non plus le vendre au meilleur prix car ils n'ont pas les moyens financiers pour stocker leur récolte. Il faut savoir en effet que le cours du maïs passe du simple au double entre septembre (période de récolte) et juin (saison sèche). 


En attendant la construction d'un magasin de stockage, le maïs est entreposé dans une classe

L'opération troc engrais/maïs : le mécanisme

 l'idée est d'accorder un crédit à l'agriculteur sous forme d’engrais. Nous lui prêtons un sac d'engrais et, à la récolte, il nous rend un sac de maïs avec un léger intérêt, soit 10 bols (unité de mesure là-bas)
Une petite partie sert à alimenter en maïs la cantine de Nagou pour toute l'année. La plus grande partie est stockée par coup de pousse. Nous le revendons au meilleur cours possible et le bénéfice dégagé est réinvesti dans le village pour la communauté. Nous pouvons donc racheter de l'engrais pour l'année suivante
Cela demande à coup de pousse de la trésorerie mais aussi une certaine gestion afin de tenir à jour la comptabilité de l'opération. Jusqu'ici c'était Didier, notre infatigable contact du RCD* qui le faisait mais le relais va être pris par le nouveau directeur de l'école.

     

    Les enfants apportent le maïs dû par leurs parents

    En septembre dernier, les trois autres villages de Boré, Lokpergou et Djapak ont demandé leur cantine ainsi que de participer à l'opération engrais/maïs. Lors de notre dernier voyage, le chef de Djapak, que nous n'avions pas encore eu le temps de rencontrer, nous attendait au bord de la route avant de quitter le plateau. Il voulait être sûr de nous voir et nous a réitéré la volonté de son village à participer.
    Nous allons lancer le projet : 300 sacs d'engrais vont être prêtés aux trois autres villages.


    Pendant que se tenait la réunion sur le maïs, dans une classe avoisinante,  j'ai trouvé cet enfant, seul, en train d'étudier dans une classe. C'est peut-être lui l'avenir de son village ?  Quelle fierté alors pour coup de pousse d'y avoir contribué !

    Bilan des  années 2014/2015 et 2015/2016


    Si nous faisons un bilan de l'opération engrais 2014/2015 et de cette année, le bilan est positif. En 2015 nous avons eu des problèmes d'engrais livré tardivement et de récoltes médiocres mais l'opération est bien en place et nous encourage fortement à continuer. Les problèmes de livraison d'engrais ont été réglés. Concernant les variations de climat, il nous faudra un petit délai !
    Les habitants de Nagou financent en 2015/2016 à 30% l'alimentation de la cantine et ce pourcentage va progresser vers la totalité des besoins de la cantine dans les prochaines années.

    Conclusion

    Cette opération engrais/maïs est un très gros succès et nous en sommes très fiers. Elle va bientôt être étendue à tout le plateau et augmenter ainsi les revenus des habitants ce qui était bien notre but.
    Voir la cantine fonctionner, même si elle n'est pas encore totalement autonome, est aussi une satisfaction immense.

    Nous avons amélioré les conditions de vie de ces villageois. Pour autant, nous ne voulons pas reproduire les erreurs du passé et sommes très sensibles au problème de la dégradation des sols et d'un usage abusif des engrais.
    coup de pousse a déjà des opérations sont en cours à ce sujet.  Nous vous en parlerons prochainement. Rome ne s'est pas construite en un jour mais pierre par pierre. Et en attendant nous nous réjouissons de voir le sourire de ces enfants qui vont à l'école et qui mangent à leur faim.





    *RCD :Rotary Club de Dapaong

    dimanche 17 janvier 2016

    Ma rencontre avec les dames de la cantine...

     Avant-propos

    Patrick et moi ainsi que tous ceux qui nous ont accompagné dans nos voyages au Togo avons été particulièrement touchés lorsque nous avons appris les derniers attentats à Ouagadougou. Nous atterrissons en effet au Burkina avant de nous rendre en voiture dans la Région des Savanes. Nous avons déjà dormi à l'hôtel Splendid et le café Cappuccino est l'un de nos rendez-vous favoris avant de rentrer en France. Cette horreur a rattrapé le Burkina-Faso alors qu'il avait géré de façon exemplaire les troubles de fin d'année et les élections présidentielles, montrant ainsi que le pays était en bonne voie pour devenir une vraie démocratie.
    Cette violence peut frapper partout et à tout moment et nos voyages n'en deviennent pas pour autant plus dangereux. Nous continuerons donc comme par le passé notre action. 


    La cantine de Nagou


    Le chaudron et sa gigantesque spatule en bois sur le foyer trois pierres traditionnel de l’Afrique de l'Ouest

    Dans un billet du 17 décembre 2014, nous vous parlions de la création de la cantine de Nagou. Pour mémoire, les bâtiments ont été construits au printemps 2014 et la cantine était opérationnelle à la rentrée de septembre. L'année scolaire 2015-2016 est donc sa deuxième année de fonctionnement. Et ... c'est un succès : à la rentrée dernière, les trois autres villages nous en ont demandé une pour leur école.

    Une des mamans prend de l'eau chaude pour préparer la sauce. Le foyer utilisé cette fois-ci est une sorte de foyer amélioré qui a une rentabilité supérieure au traditionnel foyer trois pierres

    Pourquoi une cantine ?

    Le réponse parait évidente mais la création d'une cantine est vertueuse à plusieurs titres :
    • elle lutte contre la malnutrition,
    • elle permet de donner des rudiments d'hygiène aux enfants,
    • elle aide à lutter contre l'absentéisme scolaire : certaines que leur enfant bénéficiera d'un repas, les mamans l'envoient à l'école et celui-ci y reste donc l'après-midi,
    • elle donne un statut aux femmes du village qui forment les brigades de travail,
    • elle introduit la notion de collectivité et mobilise le village autour d'un principe.

    Préparation de la « pâte » avec les femmes, un moment de partage malgré la barrière de la langue. La pâte est une bouillie très épaisse. Le problème est que la quantité à cuire est énorme !

    Lors de notre dernier voyage, il y une dizaine de jours, j'ai participé à la préparation du repas avec les femmes. Je voulais partager leur quotidien afin mieux comprendre leurs difficultés. Pas très facile de communiquer car mon Moba, dialecte local,  est rudimentaire. Avec des gestes, nous nous en sommes sorties et mes talents culinaires ont fait le reste. Mais au bout du compte, ce sont mes biceps qui n'ont pas été à la hauteur !

    La pâte devient de plus en plus épaisse, de plus en plus lourde à tourner. Je rends mon tablier, épuisée. les femmes se moquent gentiment de moi

    Le fonctionnement de la cantine 

    Les mamans se sont organisées en brigade de 32 femmes travaillant par équipe de 8. Il leur faut sortir 300 repas pour les enfants. Et bien sûr elles partent de la matière brute, rien de préparé d'avance, pas de surgelés ou de préparations à moitié cuisinées. Or ces femmes le matin doivent déjà s'occuper de leurs enfants, aller chercher l'eau pour les besoins de la famille, collecter le bois pour le feu... Lorsque ces premières tâches sont terminées, elles viennent faire leur travail pour la cantine. Préparer les repas des enfants est réellement une tâche supplémentaire très fatigante. Précisons que ce travail pour la collectivité n'est pas rémunéré.


    On remplit les assiettes et on les met à refroidir

    Exemple de menu pour la semaine 

    Lundi : pâte de maïs + sauce de saison (gombo, épinard)
    Mardi : riz + sauce tomate ou sauce arachide
    Jeudi : haricots en grain + gari (semoule de manioc)
    Vendredi : pâte + sauce de saison

    Les rations des assiettes sont démoulées, mises dans des bassines, apportées dans les classes et redistribuées dans les assiettes avec la sauce du jour.

    La cantine n'utilise pas de nourriture importée et les quantités utilisées sont mesurées de façon très précises. En théorie il est donc facile de gérer les stocks. En pratique il faut quelqu'un qui sache compter et se projeter dans l'avenir. La cantine étant sous la responsabilité de l'école, le directeur de celui-ci a accepté de la superviser.


    Distribution des repas aux enfants : la maternelle

     

     

    Réunion avec les dames de la cantine

     Les femmes font un travail difficile et fatigant et pourtant, lors de la réunion que j’aurai par la suite avec elles, pas une ne se plaindra de la pénibilité de ce travail. Non, elles me diront juste que la queue est bien longue au forage pour aller chercher les litres et les litres d'eau que nécessite la cuisine. 

     Ce sera l'occasion d’introduire la notion de collectivité. En effet les femmes, travaillant pour les enfants de la communauté, doivent être prioritaires pour puiser de l'eau. C'est au directeur de l'école de faire passer cette notion. Je me contente de leur suggérer mais on en parlera au directeur.
    Ah ! oui, elles me diront aussi que ce travail est salissant. Le savon coûte cher alors nous allons essayer de leur fournir des blouses. En plus du côté pratique du vêtement, le port de la blouse participera à la reconnaissance du rôle de ces femmes en leur donnant un « statut » social dans le village.


    Ci-contre, Martine Sinanja, notre contact au Rotary club de Dapaong, est là pour m'aider à mener la réunion et faire l'interprète. Martine est d'une grande aide pour tout ce qui concerne l'éducation et la condition féminine en général. C'est elle qui a créé les collège et lycée privés de Dapaong qui a maintenant plus de 700 élèves. C'est une femme de tête et une femme de cœur pour laquelle j'ai beaucoup de respect et d'admiration.



     

    Le financement de la cantine de Nagou

    Mais qui finance et comment faire que cette cantine devienne pérenne ? Les expériences passées ont montré que lorsque les ONG partent, les cantines disparaissent. Comment faire alors pour que notre cantine perdure et comment l'autofinancer ? 
    On vous en parle dans le prochain billet. On verra comment un village qui n'a rien, avec un judicieux coup de pousse, peut réussir à fiancer son propre développement.



    jeudi 29 octobre 2015

    La rencontre avec Michael, membre du Peace Corps.

    Comme toujours au retour de nos voyages au Togo, nous avons la tête emplie d'images, d'idées et de projets. Mais avant toute chose, comme promis, je vous présente Michael*, le jeune Peace Corps affecté à Nagou et au Plateau pour deux ans.

    Patrick présente coup de pousse à Michael

    Nous avons rencontré Michael le premier jour au Campement, l’hôtel qui est notre quartier général lorsque nous sommes à Dapaong. Je profite de l'occasion pour poster quelques photos de celui-ci. Il est assez sympa, les togolais qui y travaillent sont adorables et on nous sert une cuisine sans danger pour nos organismes fragiles et délicats. Si vous aimez la pintade, le capitaine, les brochettes et le riz, alors c'est bon, vous pouvez aller y passer quelques jours ! Je vous recommande les bananes flambées. Mmmmm... un régal ! Après une journée sur le Plateau au régime gâteaux secs et barres de céréales, c'est un cadeau des dieux.

    L’hôtel a été rénové l'année dernière

    Courageux mais pas téméraires, nous n'avons pas essayé la piscine

    Apatame amélioré plein de charme et d'exotisme qui tient lieu de salle de restauration

    Les flamboyants à la floraison spectaculaire (au printemps) font l'orgueil de la propriétaire du Campement

    Mais soyons sérieux, coup de pousse ne travaille pas pour Trip advisor, alors parlons plutôt de notre jeune Peace Corps.

    Dès le début, ce jeune américain de 23 ans nous a impressionné. Il faut quand même une sacrée dose de courage, d'abnégation et d'ouverture d'esprit pour consacrer deux ans de sa vie à des populations africaines dont la culture est totalement étrangère à la sienne et dans un milieu complètement différent de tout ce qu'on a connu jusqu'alors. 

    Avec Patrick, aux grottes de Nagou qui surplombent la plaine

    Nous avons découvert un jeune intelligent, volontaire, tolérant et respectueux des autres. Michel est diplômé d'une université américaine de Virginie, tout ce qu'il y a de plus traditionnelle. Ses options choisies furent la biologie et les relations internationales. Il a un frère un peu plus âgé que lui, son père est avocat et sa mère aménage des appartements. Bref, il vient d'un milieu social aisé mais il est comme des milliers d'autres américains.

    Sa chambre : heureusement la moustiquaire le protège des moustiques, au moins pendant la nuit

    Salle à manger, cuisine et salon. Avec le toit en tôles ondulées, il y fait plus chaud qu'à l'extérieur. Michel mange la même chose que les villageois et le paquet de M&Ms que nous lui avons apporté fut accueilli comme un don du ciel !

    Qu'est-ce donc qui l'a poussé à signer avec les Peace Corps ? Michael nous a dit en rêver depuis l'âge de 15 ans. L'idéologie des Peace Corps est d'apporter un savoir-faire et d'être au service des populations. Ce qu'il l'a intéressé, est le fait d'être immergé dans une culture totalement différente.  Il aime le niveau d'appartenance qu'il a, il a l'impression de faire partie intégrante de la communauté : « After being here for a few months, I can see why people love it and stay »  Ses yeux brillent lorsqu'il en parle : « so many little things can make that their life could be easier »**. Et ces petites choses, il sait qu'il peut les leur apporter et leur apprendre. Une chose est certaine : les villageois l’ont déjà adopté en lui donnant un nom Moba, Lamis, qui veut dire …. né un jeudi.

    Michel salue le chef du village. Il est toujours extrêmement respectueux avec les habitants. Il parle assez bien français et connait déjà quelques mots de Moba, la langue locale. Et il est déjà très populaire ! Sa capacité d'adaptation est étonnante.
     
    Notre ami Michel a des projets pleins la tête. Son domaine : le jardinage et la reforestation. Il a en cours pas mal d'expériences et a commencé un petit jardin non loin de chez lui (avec tous les problèmes de transport d'eau que cela comporte).

    Dépité mais finalement pas trop surpris, il constate que sa petite parcelle doit être arrosée

    Même si Michel n'est pas à proprement parler coup de pousse, nos idées et nos projets se rejoignent. Il trouvera un allié et une expertise sans pareil avec Salifou, un membre du Rotary Club de Dapaong, prof de SVT, pépiniériste et expert en reboisement et développement durable. 
    À eux deux ils vont avoir beaucoup de travail de sensibilisation auprès des populations locales et leur programme déborde de toutes parts : créer une plantation communautaire, apprendre aux villageois à réutiliser les eaux usées, leur faire découvrir le compostage... Un beau programme et un beau challenge. 
    Dans le prochain billet, je vous parle du projet de cette agriculture durable et raisonnée et de tout ce qui tourne autour. Vous verrez comment, suite à une remarque d'un pousseur à l'AG du début d'année, nous avons été amenés à réfléchir quant à l’utilisation des engrais et comment tout naturellement nous nous dirigeons maintenant vers une démarche plus écologique et durable.


    * nous l’avions appelé Michel dans le billet précédent car il a francisé son nom pour les Togolais mais nous, nous préférons l'appeler par son vrai nom, Michael (prononcer à l'anglaise)
    ** « après avoir vécu ici quelques mois, je comprends pourquoi les gens aiment cela et restent »
    « Il y a tellement de petites choses qui pourraient rendre leur vie plus facile »

    mardi 17 mars 2015

    La Stratégie avancée et Nagou qui fait la tête.


    Un habitat dispersé qui oblige à de longs trajets à pieds pour avoir accès aux soins

     

    Les USP

    L'accès aux soins est donc très difficile pour les villageois. 
    Ces dernières années l'état togolais a introduit une notion nouvelle : si le malade ne peut aller vers la Santé, c'est elle qui ira vers lui. C'est ce qu'il appelle la Stratégie avancée, avec les USP * qui sont des postes avancés des hôpitaux dans la savane. Pas encore de quoi triompher car dans l'USP il n'y a qu'un infirmier, une matrone (sage-femme) et deux auxiliaires de santé (équivalent de nos secouristes). Mais au moins ce personnel est diplômé, qualifié et dispo 24h/24h. 


    USP de Bogou dont dépend Nagou


    Malgré tout, ces USP sont loin, parfois très loin. De Nagou, Patrick et moi sommes allés à Bogou dont dépend le village. Nous l'avons fait à pied, leur moyen de locomotion habituel. Il a fallu une heure en marchant d'un bon pas, par un sentier caillouteux et escarpé. J'ai essayé d'imaginer une femme enceinte, faisant la route pour une consultation prénatale. Du grand délire ! Au Togo, on se débrouille mais c'est rude, très rude. Alors les grossesses ne peuvent pas être suivies, la croissance des enfants non plus, les accouchements se font dans des conditions intolérables (les femmes descendent à moto par la route vers l'USP si elles peuvent, sinon y vont à pied). Comme si leur quotidien n'était pas assez difficile comme cela ! 


    Séverin explique le centre de consultations de Stratégie avancée

     

     

    Une salle de consultation pour le Plateau

    L'idée que développe Séverin est de poursuivre la Stratégie avancée en construisant une salle de consultations sur le plateau. Le personnel soignant y monterait une fois ou deux fois par mois et ferait les consultations sur place. L'objet de la réunion de ce samedi à Boré avec les auxiliaires de santé des villages (un par village), les chefs de villages et chefs des comités du développement villageois (CVD) est donc de leur expliquer clairement la situation. Il faut choisir judicieusement le lieu de construction de cette salle de consultations afin que dans quelques années (deux, trois ?) l'état togolais la transforme et construise une USP qui desserve tout le Plateau. Une USP a besoin d'un forage à moins de 300m qui lui soit exclusivement dédiée et elle doit être facile d’accès. Ensuite l'état a besoin de... statistiques qui justifient la construction du bâtiment et les salaires du personnel à payer.


    Les vieux du village de Boré

     

    Nagou, le mauvais élève

    Deux jours avant la date de la réunion, nous avons consulté les quatre villages sur le sujet : Djapak, Boré, Lockpergou et Nagou. Nous nous sommes assurés de leur adhésion au Pacte d'aide aux villageois, nous sommes enquis de leurs besoins spécifiques, et leur avons demandé s'ils s'étaient mis d'accord tous les quatre pour trouver un terrain adéquat pour construire la salle de consultation (nos amis rotariens avaient préparé le terrain). À Nagou, nous avons senti des tensions. Nagou se comporte en village capricieux et gâté : querelles de clochers, politique, fortes têtes, familles influençables, tout se mélange pour faire que Nagou décrète qu'il n'est pas d'accord sur l'emplacement choisi. En fait, on s'aperçoit que le village ne veut pas nous partager avec les autres et fait de la résistance à la nouvelle politique de communauté de communes. 


    Dans le reste d'un champ de coton : sèche-linge 100% développement durable


    Nous sommes un peu déçus. Il nous semblait que  Nagou avait jusque là montré une belle cohésion et un bel esprit communautaire. Didier, notre contact rotarien, est furieux après eux et leur dit qu'ils devraient avoir honte. Car en plus, les villageois n'ont pas presque pas participé aux travaux communautaires de la construction de l'école non plus, entorse flagrante à leur partie du contrat. La discussion tourne en rond et nous partons en claquant la porte (virtuelle car nous sommes sous le manguier !)
    Malgré tout cela, nous sommes persuadés qu'ils seront à Boré pour la réunion de samedi avec Séverin. Séverin est médecin et ce n'est pas tous les jours qu'un médecin se déplace pour eux, et puis le projet est important.


    Centre du village de Boré


    Mais samedi, personne de Nagou. Les trois autres villages sont présents. Finalement, nous faisons jouer le principe démocratique et le projet continue d'avancer. Nagou pourra revenir quand il veut, pas question de lui fermer la porte, mais on ne bloque pas tout à cause de lui.
    Séverin inspecte le terrain choisi. Le forage est à 250m, ce n'est pas l'idéal mais cela passera sans doute. Boré est bien placé par rapport aux autres villages et sa situation est centrale. La route n'est pas loin mais elle est en très mauvais état. Nous sommes arrivés en 4x4 et heureusement Kader, notre chauffeur, conduit très bien. N'ayant jamais fait que du tout-terrain de citadins-qui-veut-se-faire-des-frayeurs-sur des-chemins-de-terre, je suis atterrée par son état. Il y a un gros travail de cantonnier pour l'améliorer. Ce sera le premier test de la bonne volonté communautaire des villageois. Nous prévoyons de fournir pelles, barres à mines et brouettes + consultation technique d'un spécialiste et hop ! le projet va pouvoir démarrer. L'administration togolaise a toujours des expressions très imagées pour toutes les situations. Ce genre de travaux est appelé THIMO : très haute intensité de main d'œuvres. Une appellation tout à fait justifiée !

    Moment de détente : Patrick essaie de lance-pierre du CVD de Boré. Les oiseaux n'ont pas eu trop peur !

     Pour décevant qu'ait été le comportement de Nagou, on retiendra l'attitude positive et soudée des trois autres villages (en réaction à celle de leur voisin ?). Et puis, malgré leur refus de participer à la réunion à Boré, il semble que la position des villageois de Nagou se soit un peu assouplie. Nous avons appris que le samedi de la réunion, ils avaient repris les travaux communautaires qui leur incombaient pour la construction de leur école primaire. 
    On ne peut trop leur en vouloir : Clochemerle, on connait aussi en France. Alors pas de raison qu'on ne surmonte pas cette difficulté !


    * USP : unité de soins périphériques l'équivalent de nos anciens dispensaires


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