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dimanche 11 juin 2017

Lokpergou, une fête bien méritée


Inauguration de l'école primaire de Lokpergou : l'inspecteur du primaire, le chef de canton, le chef du village... (le préfet est déjà reparti). La pose est prise sous le drapeau togolais, symbole de du caractère officiel de l’établissement



La fête comme si vous y étiez !

 

L'école primaire de Lokpergou ainsi que la maternelle (dont la construction avait été retardée à cause de l'état de la route d'accès) ont été construites cet hiver et au printemps. Mille mercis à tous les donateurs de Belle-Île en trail, course support qui a permis de collecter les fonds nécessaires à la construction de cette école primaire. De même merci à Enfants du Monde UK qui a financé une partie de son équipement.


Le panneau fixé sur un pignon du bâtiment. Il précise qui a été le bailleur de fonds, précaution contre toute «récupération» politique de l'opération.

C'est la fête à Lokpergou ! Pas une petite fête, non, une grosse fête avec tout ce qui va avec : les discours, les officiels, la musique, les cadeaux, les danses, le tchapalo*...  Tous nos bâtiments scolaires sont construits avec l'accord de l'éducation nationale et selon ses directives. Les bâtiments n’appartiennent plus alors au village en principe, mais à l'état. Aujourd'hui, nous les leur remettons officiellement. En pratique c'est bien évidemment le village qui entretient les locaux. Le Rotary Club de Dapaong a donc invité le ban et l’arrière-ban de tout ce qui compte dans la Région des Savanes : préfet (qui nous soutient beaucoup), inspecteur du primaire (idem), chef lieu de canton et bien sur le chef de village, le CVD (chef du comité villageois de développement). 
La fête a été soigneusement préparée avec un programme précis des interventions, des intermèdes et même une sono ! Fort opportunément celle-ci tombera en panne : le micro cacochyme et braillard sera remplacé par un mégaphone, ouf ! La télévision togolaise  a été informée et est présente, une bonne opération de communication pour nous. Nous sommes reçus comme des rois.


Le charlatan se prépare au rite sous l’œil attentif de la population et du préfet (à droite en costume)

Le charlatan (le sorcier) verse tout d'abord de l'eau devant l'école pour les ancêtres en récitant des paroles inintelligibles pour nous. Acteurs involontaires et victimes sacrifiées pour la bonne cause, le poulet et la colombe attendent à côté. Ils n'ont aucune chance de s'en sortir. La scène est assez gore pour nous autres petits européens au cœur sensible. Le poulet sans tête court longtemps. Tout le monde est content : c'est un bon signe pour l'école. Nous ne savons pas qui le récupère mais il est sûr qu'il ne sera pas perdu pour tout le monde. Quant à la tourterelle ou colombe, symbole universel  de paix, elle est sacrifiée de la même façon.


Danses traditionnelles

Autour de la taille, des ceintures de coquillages qui servaient de monnaie d'échange aux anciens. Au pied, les tennis collectées par les groupes de running parisiens. Afrique, terre de contraste !

 

Les discours

 

Puis les discours s'enchaînent. Le préfet insiste sur le fait qu'il faut utiliser l'école. Il félicite le village de Lokpergou d'avoir bien géré l’opération maïs et remboursé presque (98%) tout le maïs qu'il devait. Personne n’est obligé de suivre coup de pousse, dit-il, mais ceux qui le font doivent tenir leurs engagements sinon c'est du vol. Il cite nommément le village de Nagou qui encore une fois cette année a été un très mauvais payeur.


Patrick parle brièvement

L'inspecteur de l'éducation nationale met davantage l'accent sur le fait que les enfants sont maintenant dans un environnement sûr, à l'abri des scorpions et des serpents. Il suffit de regarder l’ancienne école (une ruine) pour être convaincu. Il n'y a plus d'excuse aux parents pour ne pas envoyer leurs enfants  à l'école. Il rappelle à l’assistance que l'école est obligatoire jusqu'à 14 ans et que donc, désormais on ne devra plus voir un enfant de moins de 14 ans aux champs ou à la maison pendant le temps scolaire. Dans la voiture du retour, l’inspecteur avec qui nous avons développé une relation de confiance, avouera son incrédulité devant le travail accompli et son émerveillement devant les résultats.
Patrick, quant à lui, sera bref et insistera sur le fait que tous les villageois se sont unis pour obtenir ce beau résultat et faire la route. Tous ensemble, tout est possible !


Les traditions sont respectées, on coupe le ruban en bonne et due forme !


Nous essayons avec le préfet les tables-blanc

L'école est livrée « clef en mains » équipée et meublée. Didier, notre chef de projet, a choisi des tables-bancs à structure en métal afin de pouvoir réparer et ressouder les montants s'ils sont endommagés. Comme à l’accoutumé ce sont des artisans de Dapaong, notre ville base, qui ont fabriqué ces meubles. Cela donne du travail ainsi à quelques artisans localement.


Pose avec la jolie assistance maternelle. Le pagne et le foulard ont été offerts par le village. Patrick a reçu une tunique traditionnelle (pas de photo, votre servante a oublié).

Les cadeaux 

Il faut savoir aussi bien recevoir que donner mais nous sommes toujours embarrassés lorsqu'on nous offre des cadeaux qui représentent des sommes importantes pour les villageois. Que faire après de ces jolis pagnes et tuniques que nous ne remettrons jamais ? Que faire avec le bouc qu'on nous a apporté ?
Un repas nous est servi dans la maternelle, pâte (maïs) avec sauce au herbes. Nous faisons semblant de manger, impossible en effet de vraiment partager un repas avec les villageois. Nos organismes délicats de « yovos » ne supporteraient pas. Mais nous sommes confiants : rien ne sera perdu.

Et la TV filme tout... en espérant qu'il restera quelque chose au montage !


La jolie maternelle de Lokpergou accueille 43 enfants. Tout autour, le reboisement en cours. Le pierres protègent les jeunes arbres de la voracité du bétail. Dans le fond, le versant de la colline a été sarclé et planté par les élèves.


Les plants sont protégés deux ans jusqu'à ce qu'ils soient assez grands. Il faut les planter à un moment précis de la saison sous peine de voir tous ses efforts ruinés pas la sécheresse.
Voilà, la journée était épuisante, autant par la chaleur que par la sono qui a marché à fond pendant les discussions avec les acteurs du village, mais ce fut une belle journée pleine de promesses. Le village de Lokpergou, avec à sa tête, un chef dynamique et volontaire, a de l'avenir. Nous, nous y croyons !


tchapalo* : boisson fermentée a base de sorgo (variété de mil). Bière locale, elle est de toutes les fêtes.



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samedi 2 mai 2015

Ils l'ont fait !


Pavage de la route

Ils l'ont fait ! En travaillant d’arrache-pied, sous le soleil écrasant, ils ont fini cette route tant souhaitée. À l'aide des conseils du technicien du Génie civil, monté de Dapaong, les villageois ont pioché, pelleté, cassé les cailloux et ils viennent de terminer le 
« pavage » de la route. Pas avec des pavés comme ceux de mai 68, non, trop facile, mais avec des pierres, les plus plates possibles, recouvertes ensuite de ciment. C'est ce que vous pouvez voir ci-dessus. 

Corvée d'eau pour les femmes

Tout le monde a aidé. Vous notez sur la photo plus haut que les femmes sont présentes. Elles aussi, ont fait leur part. Car qui dit ciment, dit aussi eau. Pas de tuyau d'arrosage là-bas, mais d'incessants allers et retours au forage pour y pomper de l'eau. Ainsi cette route, vous pouvez être certain qu'elle sera entretenue avec amour, car elle aura coûté beaucoup d'efforts aux villageois et lorsqu'elle commencera à se dégrader, on peut parier que le CDV* prendra bien vite les choses en main pour la réparer.

Quel résultat aujourd'hui ! Là où il fallait 25 minutes de conduite extrêmement prudente, avec un 4x4 (et en risquant à chaque fois de casser une pièce) pour faire les quatre kilomètres qui séparaient Boré de la route principale, il n'est plus besoin que de 7 minutes. Un progrès incroyable qui va désenclaver le village. 
Un accès facile et un forage proche étaient les deux conditions pré-requises à la construction de la salle de consultations. Les deux conditions sont réalisées, alors maintenant, ce n'est plus un rêve, une idée sortie de nulle part il y a six mois. Non, ce bâtiment, premier pas vers une santé plus accessible pour le Plateau, c'est la réalité de demain. Qui en doutera ? À grands coups de pioche, les villageois nous ont montré là qu'ils savaient unir leurs efforts et s'organiser vers un but commun pour prendre leur avenir en main. Quel bel encouragement pour nos donateurs, pour le RCD**, et aussi pour nous, coup de pousse, à continuer  nos efforts pour les aider à lutter contre la pauvreté !


*  comité de développement villageois
** Rotary club de Dapaong

lundi 20 avril 2015

THIMO ou comment soulever des montagnes tous ensemble !



Un accès difficile incompatible avec la construction d'une salle de consultations

Resituons le contexte. Vous vous rappelez qu'une salle de consultations pour le Plateau doit être construite dans le village de Boré. Si tout va bien, plus tard, cette salle de consultations se transformera en USP, unité de soins périphériques. Il faut donc le prévoir et considérer la construction de la salle de consultations comme la première phase d'un plan à plus longue échéance. La transformation future en une USP exige deux conditions : un forage spécialement dédié à son fonctionnement et une route desservant le bâtiment et garantissant un accès facile. Le forage est là mais la route n'est pour l'instant qu'une piste caillouteuse et presque impraticable (lors de notre dernier séjour, en montant sur le plateau, Didier a cassé un bras de suspension de son 4x4 qui, pourtant, en a vu d'autres). 

L'un des vieux du village approuve nos projets, écouté attentivement par le chef du village

Nous avons donc laissé les villageois du plateau sous les manguiers de Boré avec le deal suivant : ils construisent d'abord la route et nous construirons le centre de consultations. Échaudés par les bouderies de Nagou, nous ne savons quoi attendre. Puis nous apprenons par la suite qu'avant même notre arrivée, d'eux-mêmes, et avec des moyens de fortune, ils ont arrangé la route, aplanissant et bouchant ça et là les trous les plus gros. Nous nous rendons compte à ce moment, que ce centre de consultations, ils le veulent vraiment !
Nous lançons alors le programme THIMO : travaux de très haute intensité de main d’œuvre. Les fonds sont débloqués et le matériel (brouettes, pioches) acheté et distribué. Un vrai travail de romains commence. Regardez les photos ci-dessous et jugez vous-même (rappelez-vous qu'il fait 30 à 35°C à l'ombre)

Distribution du matériel


 Mais il ne s'agit pas seulement de casser des cailloux et boucher des trous. il faut faire un ouvrage solide afin de ne pas avoir à tout recommencer après la saison des pluies. Un technicien du Génie civil monte de Dapaong pour encadrer les travaux et en garantir la qualité. Il l'explique aux villageois.


Début des travaux


Le matériel est distribué à chaque CVD* et le technicien apprend aux équipes de Boré, Lokpergou et Djapak comment s'organiser. Ensemble ils préparent un planning des travaux. Les CVD vont aussi profiter de la venue de ce technicien pour prévoir la construction d'un petit pont à un autre endroit du village. À la saison des pluies, une petite rivière y est infranchissable. Cela rend le chemin de l'école impraticable et dangereux pour les enfants.


Un travail épuisant...

Les villageois unis par une volonté commune se mettent au travail. Chaque village prévoit d'assigner aux travaux 10 personnes par jour.


... dans des conditions difficiles de poussière et de chaleur

 coup de pousse les aide et fournit aux travailleurs un repas journalier. Aux dernières nouvelles, le village de Nagou ne s'est pas joint aux casseurs de cailloux. Certaines fortes têtes résistent mais il y a des signes de bonne volonté. La pratique de la main tendue continue et nous sommes confiants.

Il faut constater dans la mise en œuvre et la réalisation de ce chantier la formidable volonté commune qui lie ces villageois devenus cantonniers. Tous ensemble, ils vont arriver à faire un travail de terrassement ahurissant et qu'il eut été impossible de faire sans cette main d’œuvre volontaire et unie. Les voies de communication sont essentielles pour le désenclavement du Plateau et les villageois l'ont bien compris. Cela fait des années qu'ils la voulaient, cette route. Nous, coup de pousse, les avons aidé mais nous n'avons fait que de donner... un coup de pousse. Et c'est bien la vocation de l'association : que les populations prennent leur destin en main avec juste un peu d'aide de notre part.


* CVD : comité villageois de développement

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