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lundi 30 novembre 2015

Ensemble, on soulève des montagnes !

En fait de montagnes, il s'agissait de cinq extracteurs d'oxygène pesant 32 kg chacun et de 70 cm de hauteur. Mais commençons par le début. Plantons le décor de cette petite histoire qui sort un peu de notre mission mais qui mérite d'être contée :

L'un des extracteurs d'oxygène

Voyage de décembre 2014 

Patrick et moi visitons l'hôpital de Dapaong. Le médecin responsable s'appelle Séverin. Nous en avons déjà parlé. Il est rotarien et c'est l'un des deux médecins de Dapaong (notre ville-base à une petite heure des villages). Les couloirs ne débordent pas de malades, nous sommes en saison sèche et il y a moins de cas de paludisme. Les salles défilent, pas toujours remplies. Des lits de fer, un confort très sommaire. Dans une salle, tout seul, posé sur un lit protégé par une housse en plastique vert foncé, un petit bébé. Une petite crevette, avec des tubes partout, perdu au milieu de ce grand lit. Ni Patrick ni moi n’avons de formation ou d'expérience médicale. Nous nous taisons, muets tout d'un coup. 
Plus loin, un autre bébé, dans une couveuse. Une crevette encore plus petite, sous oxygène. Séverin se fâche alors et demande à la famille de sortir de la pièce car ils prennent de l'oxygène au bébé. C'est là que nous voyons pour la première fois l'importance et la fonction d'un extracteur d’oxygène*.
Nous sortons de cette visite d'hôpital ébranlés et l'estomac noué.

Christian est un ami d'adolescence de Patrick. On ne portera pas atteinte à leur vie privée en disant qu'ils ont fait les quatre cents coups ensemble dans leur jeunesse. coup de pousse les a rapprochés.

Voyage de février 2015 

Christian nous accompagne. Christian est responsable du matériel dans un grand hôpital parisien. Il visite également l'hôpital de Dapaong en regardant de très près le matériel. Il est, lui aussi, touché par le manque de moyens et les équipements de fortune quelques fois utilisés.

Les machines, qui sont remplacées par du matériel plus récent, ont été révisées sont parfaitement aptes à l'emploi

Paris, septembre 2015

Patrick reçoit un mail de Christian : « Voici des photos de mes extracteurs d’oxygène que je peux te donner. Je pourrais t’en donner cinq »

Le problème du transport

Le matériel est là, à notre disposition, mais comment l'acheminer ? Il s'agit de matériel médical, réglementé. Donc ce n'est pas aussi facile à faire sortir ou entrer d'un pays que des cartons de Duplo ou des teeshirts. De plus, le Togo taxe maintenant ses importations durement pour protéger son marché. Il y a juste un bug dans leur loi : il a été oublié de faire exception de toutes les marchandises apportées par les ONG. Enfin, nous avons Patrick et moi, à nous deux, à peu près 110 kg de franchise de bagages. Même si nous prenons le risque, il nous faudra plusieurs voyages pour les apporter ! 
Tous les deux avons encore à l'esprit l'image des ces bébés dans l'hôpital de Dapaong. Pas question d'attendre si longtemps ni de risquer de se faire confisquer le matériel. Nous devons trouver une solution.

Les extracteurs emmaillotés. Patrick va les chercher et les apporter à Roissy

La solution : une chaîne de volontés individuelles !


Il y a d'abord Mamoudou, le président du Rotary-club de Dapaong. Mamadou nous donne le contact de Pascaline. Pascaline est une togolaise qui vit en France. Elle connait des Togolais qui envoient un container à Lomé**. Elle nous met en contact avec Sam en France. Sam organise le transport vers le Togo (pour la petite histoire, nos extracteurs partent avec des lave-linge, fenêtres, vêtements et autres objets divers que nos amis Togolais vivants en France envoient à leur famille). Puis les contacts des Rotariens à Lomé réceptionnent les extracteurs et enfin Salifou, rotarien et notre expert en reforestation et agriculture, rapporte le matériel à bon port.
Les extracteurs sont impeccables. Ils n'ont pas souffert du voyage, ils sont testés : ils fonctionnent parfaitement. 

Quel bel exemple de solidarité. Juste en ce moment où on vient de nous montrer comment l'homme pouvait être cruel et sans pitié, le succès de cette opération révèle que les volontés peuvent aussi s'unir pour faire ce qui est juste et bien.

On vous le dit depuis le début : TOUS ENSEMBLE !


*dispositif médical qui fournit un air enrichi en oxygène.
**Lomé : capitale du Togo, à l'extrême sud du pays. Lomé est à une journée de voiture de Dapaong. C'est un voyage très fatigant de plus de 600 km avec de très mauvaises routes.



vendredi 6 mars 2015

Aperçu de la santé dans la Région des Savanes


 
 le Plateau


Préambule 

 Au fil des derniers mois, nous nous sommes aperçus qu'il n'était ni sage ni pertinent de ne s'occuper que du village de Nagou. coup de pousse aide donc maintenant au développement des 4 villages situés sur le plateau rocheux : Nagou, Boré, Djapak et Lokpergou. Faute de nom géographique déjà existant, nous appelons cette entité le Plateau.

La santé

Parmi les cinq priorités de coup de pousse, la santé est le domaine dans lequel nous avons le moins avancé, pour ne pas dire pas du tout. En effet en 2014, nous avons lancé plusieurs chantiers à la fois, l'eau et l'éducation tout en travaillant sur les AGR avec l’exploitation des grottes, mais nous avons laissé la santé de côté. Plusieurs raisons à cela. La première, d'ordre plutôt pratique, est que nous ne pouvions pas tout faire à la fois. Ensuite la santé est du domaine de l'état et des expériences antérieures privées ont été des catastrophes. Enfin il faut bien avouer que nous ne savions pas par quel bout prendre le problème. Un des objectifs du voyage de février dernier est donc de travailler sur le sujet.


Descente à l'USP de Bogou, une des USP qui dessert le plateau. Une heure de marche d'un bon pas sur un sentier de chèvres

En bref, dans la Région des Savanes, le système de santé togolais est organisé de la façon suivante  (et dans tout le Togo c'est la même chose) : un centre régional hospitalier (CHR, strate administrative hospitalière disparue en France où nous n’avons plus que des CHU) qui gère des unités de soins périphériques (USP) disséminées sur le terrain. Une USP est un petit bâtiment, une sorte de dispensaire de campagne. S'y trouvent un infirmier, diplômé d'état, une matrone (sage-femme) et deux auxiliaires de santé. L'USP est ouverte 24h/24. Une USP coûte 100 000 € à construire et c'est du ressort de l'état, pas d'une modeste ONG comme la nôtre. 

Autre vue du même sentier de chèvres

Mais malgré cela, il y a bien quelque chose que nous devons pouvoir faire ! Une aide inespérée pour s'attaquer au problème est venue du RCD*, par un nouveau contact dont nous n'avons pas encore parlé. Nous vous avons présenté précédemment Anani, vétérinaire, l'un de nos trois contacts avec le RCD. Anani a été remplacé récemment (il est très pris et a beaucoup moins de temps à nous consacrer) par Séverin Kombate, médecin et donc une perle rare dans la Région des Savanes.

Séverin reçoit des mains de Christian un pousse-seringues qui sert aux perfusions. Christian est technicien de bloc-opératoire et nous a accompagné lors de notre dernier voyage, fin février.

Séverin, un médecin togolais

Séverin est médecin généraliste. Comme en France, ses études durent 7 ans. Originaire de la ville de Dapaong il va à l'université de Lomé, la capitale, tout au sud du pays. Il se spécialise en pédiatrie. Dans la région des Savanes (à peu près 700 000 hab.) il n'y a qu'un seul pédiatre qui est au CHR de Dapaong. Séverin, lui, travaille au service pédiatrique de l'hôpital de Yendubé, privé et d'origine catholique, créé en 1962 pour les enfants. Il rejoint le RCD en 2013, c'est donc un petit nouveau au Rotary ! Lorsque je l'ai interrogé pour écrire ce billet, Séverin a utilisé des mots que l'on n'ose quelque fois plus prononcer sous peine de se faire railler. Il a parlé de sacrifice de soi, d'aide aux autres, de donner. La fraternité et l'amitié entre les membres l'ont attiré au RCD, il regrette juste que celui-ci ne soit pas plus visible, plus convaincant pour rallier de nouveaux membres.
J'ai rencontré un homme calme, qui parle d'une voix douce et ne semble jamais s'énerver. On sent qu'il hésite à se mettre en avant mais montera au créneau sans problème si c'est pour défendre une cause qui lui tient à coeur. C'est donc avec son aide, son soutien et ses conseils que nous allons pourvoir faire quelque chose dans le domaine de la santé pour les populations du Plateau.

Séverin nous montre le système pour peser les très jeunes enfants


Dans le prochain billet, nous verrons quelles solutions Séverin nous proposera : la Stratégie avancée. Puis nous montrons sur le Plateau pour une réunion avec tous les acteurs de la santé, chefs de villages, chefs des comités du  développement villageois (CVD) et auxiliaires de santé. Tous ? Non, en fait il manquait un village, Nagou qui... boudait !



* RCD : Rotary Club de Dapaong


Pour en savoir plus

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