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mardi 17 mars 2015

La Stratégie avancée et Nagou qui fait la tête.


Un habitat dispersé qui oblige à de longs trajets à pieds pour avoir accès aux soins

 

Les USP

L'accès aux soins est donc très difficile pour les villageois. 
Ces dernières années l'état togolais a introduit une notion nouvelle : si le malade ne peut aller vers la Santé, c'est elle qui ira vers lui. C'est ce qu'il appelle la Stratégie avancée, avec les USP * qui sont des postes avancés des hôpitaux dans la savane. Pas encore de quoi triompher car dans l'USP il n'y a qu'un infirmier, une matrone (sage-femme) et deux auxiliaires de santé (équivalent de nos secouristes). Mais au moins ce personnel est diplômé, qualifié et dispo 24h/24h. 


USP de Bogou dont dépend Nagou


Malgré tout, ces USP sont loin, parfois très loin. De Nagou, Patrick et moi sommes allés à Bogou dont dépend le village. Nous l'avons fait à pied, leur moyen de locomotion habituel. Il a fallu une heure en marchant d'un bon pas, par un sentier caillouteux et escarpé. J'ai essayé d'imaginer une femme enceinte, faisant la route pour une consultation prénatale. Du grand délire ! Au Togo, on se débrouille mais c'est rude, très rude. Alors les grossesses ne peuvent pas être suivies, la croissance des enfants non plus, les accouchements se font dans des conditions intolérables (les femmes descendent à moto par la route vers l'USP si elles peuvent, sinon y vont à pied). Comme si leur quotidien n'était pas assez difficile comme cela ! 


Séverin explique le centre de consultations de Stratégie avancée

 

 

Une salle de consultation pour le Plateau

L'idée que développe Séverin est de poursuivre la Stratégie avancée en construisant une salle de consultations sur le plateau. Le personnel soignant y monterait une fois ou deux fois par mois et ferait les consultations sur place. L'objet de la réunion de ce samedi à Boré avec les auxiliaires de santé des villages (un par village), les chefs de villages et chefs des comités du développement villageois (CVD) est donc de leur expliquer clairement la situation. Il faut choisir judicieusement le lieu de construction de cette salle de consultations afin que dans quelques années (deux, trois ?) l'état togolais la transforme et construise une USP qui desserve tout le Plateau. Une USP a besoin d'un forage à moins de 300m qui lui soit exclusivement dédiée et elle doit être facile d’accès. Ensuite l'état a besoin de... statistiques qui justifient la construction du bâtiment et les salaires du personnel à payer.


Les vieux du village de Boré

 

Nagou, le mauvais élève

Deux jours avant la date de la réunion, nous avons consulté les quatre villages sur le sujet : Djapak, Boré, Lockpergou et Nagou. Nous nous sommes assurés de leur adhésion au Pacte d'aide aux villageois, nous sommes enquis de leurs besoins spécifiques, et leur avons demandé s'ils s'étaient mis d'accord tous les quatre pour trouver un terrain adéquat pour construire la salle de consultation (nos amis rotariens avaient préparé le terrain). À Nagou, nous avons senti des tensions. Nagou se comporte en village capricieux et gâté : querelles de clochers, politique, fortes têtes, familles influençables, tout se mélange pour faire que Nagou décrète qu'il n'est pas d'accord sur l'emplacement choisi. En fait, on s'aperçoit que le village ne veut pas nous partager avec les autres et fait de la résistance à la nouvelle politique de communauté de communes. 


Dans le reste d'un champ de coton : sèche-linge 100% développement durable


Nous sommes un peu déçus. Il nous semblait que  Nagou avait jusque là montré une belle cohésion et un bel esprit communautaire. Didier, notre contact rotarien, est furieux après eux et leur dit qu'ils devraient avoir honte. Car en plus, les villageois n'ont pas presque pas participé aux travaux communautaires de la construction de l'école non plus, entorse flagrante à leur partie du contrat. La discussion tourne en rond et nous partons en claquant la porte (virtuelle car nous sommes sous le manguier !)
Malgré tout cela, nous sommes persuadés qu'ils seront à Boré pour la réunion de samedi avec Séverin. Séverin est médecin et ce n'est pas tous les jours qu'un médecin se déplace pour eux, et puis le projet est important.


Centre du village de Boré


Mais samedi, personne de Nagou. Les trois autres villages sont présents. Finalement, nous faisons jouer le principe démocratique et le projet continue d'avancer. Nagou pourra revenir quand il veut, pas question de lui fermer la porte, mais on ne bloque pas tout à cause de lui.
Séverin inspecte le terrain choisi. Le forage est à 250m, ce n'est pas l'idéal mais cela passera sans doute. Boré est bien placé par rapport aux autres villages et sa situation est centrale. La route n'est pas loin mais elle est en très mauvais état. Nous sommes arrivés en 4x4 et heureusement Kader, notre chauffeur, conduit très bien. N'ayant jamais fait que du tout-terrain de citadins-qui-veut-se-faire-des-frayeurs-sur des-chemins-de-terre, je suis atterrée par son état. Il y a un gros travail de cantonnier pour l'améliorer. Ce sera le premier test de la bonne volonté communautaire des villageois. Nous prévoyons de fournir pelles, barres à mines et brouettes + consultation technique d'un spécialiste et hop ! le projet va pouvoir démarrer. L'administration togolaise a toujours des expressions très imagées pour toutes les situations. Ce genre de travaux est appelé THIMO : très haute intensité de main d'œuvres. Une appellation tout à fait justifiée !

Moment de détente : Patrick essaie de lance-pierre du CVD de Boré. Les oiseaux n'ont pas eu trop peur !

 Pour décevant qu'ait été le comportement de Nagou, on retiendra l'attitude positive et soudée des trois autres villages (en réaction à celle de leur voisin ?). Et puis, malgré leur refus de participer à la réunion à Boré, il semble que la position des villageois de Nagou se soit un peu assouplie. Nous avons appris que le samedi de la réunion, ils avaient repris les travaux communautaires qui leur incombaient pour la construction de leur école primaire. 
On ne peut trop leur en vouloir : Clochemerle, on connait aussi en France. Alors pas de raison qu'on ne surmonte pas cette difficulté !


* USP : unité de soins périphériques l'équivalent de nos anciens dispensaires


vendredi 6 mars 2015

Aperçu de la santé dans la Région des Savanes


 
 le Plateau


Préambule 

 Au fil des derniers mois, nous nous sommes aperçus qu'il n'était ni sage ni pertinent de ne s'occuper que du village de Nagou. coup de pousse aide donc maintenant au développement des 4 villages situés sur le plateau rocheux : Nagou, Boré, Djapak et Lokpergou. Faute de nom géographique déjà existant, nous appelons cette entité le Plateau.

La santé

Parmi les cinq priorités de coup de pousse, la santé est le domaine dans lequel nous avons le moins avancé, pour ne pas dire pas du tout. En effet en 2014, nous avons lancé plusieurs chantiers à la fois, l'eau et l'éducation tout en travaillant sur les AGR avec l’exploitation des grottes, mais nous avons laissé la santé de côté. Plusieurs raisons à cela. La première, d'ordre plutôt pratique, est que nous ne pouvions pas tout faire à la fois. Ensuite la santé est du domaine de l'état et des expériences antérieures privées ont été des catastrophes. Enfin il faut bien avouer que nous ne savions pas par quel bout prendre le problème. Un des objectifs du voyage de février dernier est donc de travailler sur le sujet.


Descente à l'USP de Bogou, une des USP qui dessert le plateau. Une heure de marche d'un bon pas sur un sentier de chèvres

En bref, dans la Région des Savanes, le système de santé togolais est organisé de la façon suivante  (et dans tout le Togo c'est la même chose) : un centre régional hospitalier (CHR, strate administrative hospitalière disparue en France où nous n’avons plus que des CHU) qui gère des unités de soins périphériques (USP) disséminées sur le terrain. Une USP est un petit bâtiment, une sorte de dispensaire de campagne. S'y trouvent un infirmier, diplômé d'état, une matrone (sage-femme) et deux auxiliaires de santé. L'USP est ouverte 24h/24. Une USP coûte 100 000 € à construire et c'est du ressort de l'état, pas d'une modeste ONG comme la nôtre. 

Autre vue du même sentier de chèvres

Mais malgré cela, il y a bien quelque chose que nous devons pouvoir faire ! Une aide inespérée pour s'attaquer au problème est venue du RCD*, par un nouveau contact dont nous n'avons pas encore parlé. Nous vous avons présenté précédemment Anani, vétérinaire, l'un de nos trois contacts avec le RCD. Anani a été remplacé récemment (il est très pris et a beaucoup moins de temps à nous consacrer) par Séverin Kombate, médecin et donc une perle rare dans la Région des Savanes.

Séverin reçoit des mains de Christian un pousse-seringues qui sert aux perfusions. Christian est technicien de bloc-opératoire et nous a accompagné lors de notre dernier voyage, fin février.

Séverin, un médecin togolais

Séverin est médecin généraliste. Comme en France, ses études durent 7 ans. Originaire de la ville de Dapaong il va à l'université de Lomé, la capitale, tout au sud du pays. Il se spécialise en pédiatrie. Dans la région des Savanes (à peu près 700 000 hab.) il n'y a qu'un seul pédiatre qui est au CHR de Dapaong. Séverin, lui, travaille au service pédiatrique de l'hôpital de Yendubé, privé et d'origine catholique, créé en 1962 pour les enfants. Il rejoint le RCD en 2013, c'est donc un petit nouveau au Rotary ! Lorsque je l'ai interrogé pour écrire ce billet, Séverin a utilisé des mots que l'on n'ose quelque fois plus prononcer sous peine de se faire railler. Il a parlé de sacrifice de soi, d'aide aux autres, de donner. La fraternité et l'amitié entre les membres l'ont attiré au RCD, il regrette juste que celui-ci ne soit pas plus visible, plus convaincant pour rallier de nouveaux membres.
J'ai rencontré un homme calme, qui parle d'une voix douce et ne semble jamais s'énerver. On sent qu'il hésite à se mettre en avant mais montera au créneau sans problème si c'est pour défendre une cause qui lui tient à coeur. C'est donc avec son aide, son soutien et ses conseils que nous allons pourvoir faire quelque chose dans le domaine de la santé pour les populations du Plateau.

Séverin nous montre le système pour peser les très jeunes enfants


Dans le prochain billet, nous verrons quelles solutions Séverin nous proposera : la Stratégie avancée. Puis nous montrons sur le Plateau pour une réunion avec tous les acteurs de la santé, chefs de villages, chefs des comités du  développement villageois (CVD) et auxiliaires de santé. Tous ? Non, en fait il manquait un village, Nagou qui... boudait !



* RCD : Rotary Club de Dapaong


mardi 10 février 2015

Dernier coup de tampon !





Samedi dernier, à Paris, se tenait l'assemblée générale de coup de pousse. Alors, une fois n’est pas coutume, aujourd'hui nous resterons en France.
Ah ! Les AG... c'est toujours un peu ennuyeux : des mots, des chiffres, des votes... On y va parce qu'il le faut et on s'ennuie un peu en attendant le verre qu'on ne manquera pas de vous servir à la fin.
 Eh bien pas du tout ! Patrick a présenté nos actions pour 2014 et nos projets pour 2015. C'était le moment de voir de près les nombreuses photos des constructions. Nous avons eu beaucoup de questions sur celles-ci, puis sur l'eau : peut-on créer un barrage et une grande citerne ? Notre politique sur les engrais a été challengé : avons-nous eu raison de distribuer des engrais (phosphates) et à court terme ainsi éviter une famine quasi certaine ? Ou fallait-il penser tout de suite sur le long terme et mettre en place une politique d'agriculture raisonnée ?
Ce fut un grand moment d'échanges d'idées, comme un conseil d’administration en fait. Car il ne faut pas s'y tromper, coup de pousse est une entreprise, à but philanthropique certes, mais une entreprise où toutes les divisions sont prises à bras le corps, organisées, planifiées, gérées avec des budgets et des objectifs. Le tout en assimilant la culture locale et les besoins que nous transmettent les villageois. Et notre jeton de présence, c'est la satisfaction intense que nous retirons de tout cela : voir les bâtiments monter, les enfants manger à la cantine, les villageois lentement se développer...

Et nous étions tellement absorbés par nos discussions que nous avons failli oublier d'approuver les comptes* et le budget 2015 !
Chose faite, la séance s'est clôturée par la signature officielle par coup de pousse du Pacte d'aide aux villageois. Et notre ami président a mis tellement d'énergie dans son coup de tampon qu'on a cru un moment que ce serait la première et dernière utilisation de celui-ci.
Et après, nous avons enfin pu le boire, ce verre !





* vérifiés par un commissaire aux comptes agréé, bien que ce ne soit pas obligatoire, notre association n'étant pas reconnu d'utilité publique

Pour en savoir plus

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