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vendredi 24 mars 2017

Un ancien analphabète qui crée son entreprise !


Cahier d'un « élève »

Il existe un rapport étroit entre le taux d’analphabétisme et la pauvreté : la région des Savanes est la région la plus pauvre du Togo (90,8% en dessous du seuil de la pauvreté) et son taux analphabétisme est le plus élevé du pays (67,2% pour une moyenne nationale de 43,3 %, des jeunes et des adultes de 15 à 44 ans et deux tiers sont des femmes)*. 
Pas besoin de chercher plus loin pour trouver l'un des vecteurs de développement des villageois. CQFD ! C'est donc pour cela que très vite nous avons mis en route des cours d'alphabétisation. Michael, le Peace Corps** qui vit à Nagou, les a organisés et un professeur formé à cet enseignement vient spécialement dans les villages : une quarantaine de cours ayant lieu deux fois par semaine.

Notre futur entrepreneur l'année dernière lors d'une réunion, dans l'ancienne école primaire

 Les élèves sont quasiment tous des femmes (nous ne voulions pas qu'elles craignent d’être moquées et  soient intimidées par la présence des hommes) mais nous avions remarqué cet homme grand et mince (minces, ils le sont tous à vrai dire !) qui écoutait avec attention pendant nos réunions (cf ce billet de novembre 2016).
Et nous l'avons revu. Renseignements pris, il s'appelle Lambon Laari et habite Lockpergou.


Le mois dernier, lors d'une autre réunion dans son village, à Lokpergou, le seul à prendre des notes.

En février dernier, lors de notre dernier voyage, il fut l'un des rayons de soleil de notre séjour, il a été ce petit quelque chose qui vous fait dire que, finalement, vous allez peut-être réussir votre pari et amener un jour, pas demain certes, mais un jour prochain, ces villages à l’autonomie.
Notre homme a fait une formation de pépiniériste et a développé son activité en aidant les femmes de Lokpergou à créer des jardins communautaires (cf ce précédent billet). Ce fut absolument formidable de voir cet homme assez effacé, grandir tout à coup et faire profiter les femmes de son village de ce nouveau savoir. On sentait vraiment qu'il avait eu tout d'un coup accès à un monde nouveau et à la Connaissance. Et si un villageois l'a fait, pourquoi pas les autres, n'est-ce pas ? Tout devient possible.

Beaucoup, beaucoup d'huile de coude, un peu de savoir et ça pousse !

 Nous retrouverons surement notre entrepreneur plus tard. Bon courage à lui !
Mais il faut aussi que je vous parle des villageois-terrassiers : une route, une école... menés par leur chef de village et les responsables des CVD*** et avec l'aide de Joël, notre agent de développement, rien ne leur fait peur. Et tout le monde s'y met, hommes, femmes, enfants. Mais c'est une autre histoire que je vous raconterai dans le prochain billet...
À bientôt !

*sources : enquête de 2011 publiée par le site de la République du Togo
** Peace Corps : organisme gouvernemental international américain
*** Comité de Développement Villageois




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mardi 28 février 2017

Première naissance au centre de santé !


Arzouma

Arzouma et sa maman font la queue pour la visite médicale devant le centre de santé

Juste avant notre arrivée, le premier bébé est né au nouveau centre de santé du plateau. Selon l'expression consacrée, la mère et l'enfant se portent bien ! Le bébé est une petite fille et elle s'appelle Arzouma. Cela qui veut dire, en Moba, dialecte local, née un vendredi. Pour nous la nouvelle a été très émouvante car le centre n'est fonctionnel que depuis quelques mois et sa fréquentation va croissante.

Campagne de vaccinations au centre de santé à Boré

 Fin 2016, nous avons reçu l'appui du préfet de la région. Il a fait nommer un infirmier expérimenté à demeure pour gérer les consultations. Un énorme « coup de pousse » pour nous qui nous a permis de passer à la vitesse supérieure. Auparavant, l'infirmier et la matrone (sage-femme) montaient sur le plateau seulement deux fois par mois. Les statistiques récentes de fréquentation du centre montrent que le besoin est bien là. Il reste encore à embaucher une matrone affectée spécifiquement. Le préfet, qui suit attentivement ce dossier, nous a assuré lors de notre visite de la semaine dernière, que cela ne saurait tarder.


Future « concession » de l'infirmier

Les villageois de Boré, où se trouve le centre, se sont pris en main et de leur propre initiative, ont construit une maison pour l'infirmier. ils ont visiblement envie qu'il se sente bien chez eux ! Ce fut la (bonne) surprise en arrivant. Il va donc pouvoir faire venir son épouse, qui habite dans un village voisin. Auparavant lui-même dormait « chez l'habitant ».


la construction est en banco, des briques de terres séchées.

Formidable dynamisme qui se met donc en route grâce à des petits coup de pousse çà et là. Tout n'est pas parfait bien sûr mais le train est en marche.


Notre président a toujours beaucoup de succès auprès des femmes !

Nous sommes quelques fois d'ailleurs dépassés par la vitesse des évènements. Ainsi, nous ne pensions pas avoir un infirmier à demeure si tôt, avant d'avoir fait la preuve par la fréquentation que cela se justifiait. D'une utilisation bi-mensuelle, le centre passe à une ouverture journalière. C''est tant mieux pour la population. Mais par contre, lors de sa construction, nous pensions avoir deux ou trois ans pour l'agrandir et l'équiper complètement. Nous devons ajouter une douche et des latrines, indispensables à ce stade,  et il manque aussi un lit d'accouchement (toutes les femmes qui me lisent seront sensibles au sujet)...


Préfecture de Tandjouaré, dont dépendent les villages

Mais ce sont des lignes budgétaires qui s'ajoutent les unes aux autres dans un budget déjà serré en 2017 ( le gros poste est bien sûr le début de construction du collège). On ne peut pour l'instant faire les deux : latrines/douche et acheter le lit. Les choix sont difficiles à faire néanmoins, lorsqu'on voit le courage et le travail que font les femmes là-bas, cela fend le cœur de reporter à 2018 l'achat de ce matériel spécifique. Leur donner un peu de confort et de sécurité lors de ce moment particulier qu'est l'accouchement ne me parait pas un luxe superflu. Ne voulant dépouiller Paul pour habiller Jean, nous repartons donc en campagne pour trouver des fonds supplémentaires (pour être tout à fait honnête, en réalité, nous sommes toujours en campagne 😊).

Un dernier regard...

On peut toujours faire mieux, n'est-ce-pas ? En attendant, quel bonheur de voir au centre de santé ces files de mères et d'enfants qui n'ont plus à faire des kilomètres pour avoir accès à des soins de base !

Merci à vous tous pour eux et on continue de plus belle !



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